Le mouton nouveau est arrivé. Même si on ne le voit pas, on le sent. Et fortement. Que ce soit sur le plateau d’Aïn El Bey, le centre-ville de Didouche Mourad ou de celui de Khroub, et même dans certains quartiers de Constantine, les senteurs pas très agréable d‘écuries anciennes ou improvisées pour la circonstance vous accueillent aux narines dès l’entame des zones de ventes de bestiaux pour l’Aïd.

Toutes ces zones n’ont pas reçu le quitus de l’administration pour la commercialisation des ovins pour la fête religieuse qui se rapproche. L’APC de Constantine, par exemple, n’a permis l’ouverture que de trois places pour la vente des moutons. Elles sont caractérisées, pour le moment, par de larges courants d’air puisqu’il n’existe ni vendeurs  et encore moins d’acheteurs. « Nous conseillons aux acheteurs d’exiger un bon chez le maquignon. Il y a d’abord la permission que l’on accorde à ces derniers, ensuite le bon, deux moyens efficaces pour la traçabilité de l’animal en cas de maladie ou détérioration de la viande après l’Aïd ». Les propos d’un responsable de l’APC à radio Constantine avaient pour but de rasséréner les Constantinois, traumatisés, comme les habitants d’autres wilayas du pays, par le phénomène de « la bleuite », ou la viande pétrifiée. Des gorges chaudes ont accueilli les propos cités plus haut, car cela fait des années que les responsables locaux, et nationaux, promettent une viande saine. Sans succès. Cela fait aussi plusieurs « mawsime » que le consommateur jure qu’on ne l’y reprendra plus, et affirme son intention de boycott du mouton, et pour le prix et pour la putréfaction de la viande. Sans succès non plus. Les promesses des bipèdes n’ont jamais eu de lendemain devant les supplications des enfants pour acquérir le quadrupède, l’argument religieux, et le « qu’on-dira-t-on » des voisins. Tout cela, donc, penche vers un Aïd bleu bis, et même ter.

La preuve en est, le masochisme incompréhensible des consommateurs qui boudent les marchés légaux agréés et se dirigent vers les fermes douteuses ou les revendeurs occasionnels, ceux qui font le plus de mal, à l’estomac et à la bourse. Les vendeurs inopinés ont tous une méthode bien rodée pour convaincre le plus indécis des acheteurs. Les uns vantent leurs moutons comme étant « un pur produit de Chréa », (commune rurale de la wilaya de Tébessa connue pour une viande ovine incomparable) ou alors le majestueux bélier de Djelfa qui atteint parfois la « modique » somme de 90 000 DA. « Vous ne trouverez pas un bélier comme celui-là, glorifiera un vendeur sur la localité d’El Jdour, Khroub, un « éleveur » de Oum El Bouaghi. Si c’est pour la viande, il n’a pas son pareil, si c’est pour les combats, vous êtes sûr de gagner à tous les coups, et si c’est pour les cornes, même à Annaba, vous n’en trouverez pas comme lui ». Annaba étant connue pour le choix du mouton selon le nombre de tours des cornes de l’ovin.  Le prix « raisonnable » de 75 000 DA n’a pas attiré grand monde, mais nul doute que le mouton ne passera pas une seconde nuit chez son propriétaire.

En attendant donc le jour de l’Aïd, la saleté repoussante très forte en hémoglobine et en excréments de moutons, en attendant qu’un égorgeur de Téléghma vienne achever et le mouton et les maigres économies qui subsistent après la saignée de l’achat, en attendant aussi que le prix du charbon soit multiplié par quatre, il faut prier pour que la viande ne se putréfie pas. Mais la meilleure des solutions,  comme le préconisent plusieurs associations de consommateurs, et même certains cadres de la direction de l’agriculture, serait de boycotter le sacrifice du mouton. Cette action aura pour mérite de renflouer sérieusement le nombre d’ovins, en perpétuelle chute, et surtout d’éloigner la race de néo maquignons qui ont juré de gâcher la fête du mouton et … des enfants.