Abderrezak Makri s’est-il rendu à l’évidence qu’il était inutile de poursuivre une démarche rejetée par la quasi-totalité de la classe politique, partis du pouvoir et de l’opposition ? Un mois à peine après le début des consultations politiques en vue d’expliquer son initiative de consensus national, voilà que le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP) annonce déjà sa « fin ».

« Fin de l’automne » est la limite que vient de tracer Makri à son projet qui, pourtant, n’est qu’à ses débuts. Dans une publication sur son compte Facebook, le président du MSP écrit que l’initiative « restera posée sur la table jusqu’à la fin de l’automne, avant de décider de son avenir pour les prochaines années ». Jusque-là, faut-il le préciser, il n’était jamais question que cette démarche prenne fin aussitôt, car Makri affirmait à qui voulait bien l’entendre qu’elle allait se poursuivre même au-delà de l’élection présidentielle de 2019, arguant qu’il s’agit de l’une des recommandations du dernier congrès du parti et donc réalisable sur toute la durée du mandat.

D’où, il est indispensable de s’interroger sur les raisons de ce revirement soudain. Pourquoi Makri se précipite-t-il à annoncer la fin de l’initiative? Lui a-t-on mis la pression à l’intérieur du parti ? Et enfin, pourquoi «la fin de l’automne », soit en décembre prochain, à quatre mois de l’élection présidentielle. A ces questions, le chef du parti islamiste n’apporte aucun élément de réponse. Au contraire, il défend d’emblée sa démarche, estimant : « Notre initiative continue de créer l’évènement et suscite la réaction de tout le monde, entre opposant et favorable. Entre celui qui y voit de l’espoir et celui qui veut la tuer immédiatement. Nous tirons bénéfice de ce débat qui est dans l’intérêt de l’initiative ». Abderrezak Makri se contente de donner rendez-vous à la fin du mois d’août en cours pour, dit-il, « une première évaluation ». Ce qui ne l’empêchera pas pour autant d’anticiper sur cette évaluation attendue, en soutenant avec «certitude » de « l’intérêt » du projet en question « à court et à long terme», pour le pays, le Mouvement et l’exercice politique en général. Mais, si vraiment il y a « intérêt », pourquoi décider d’arrêter l’initiative? Ironiquement, Makri n’a pas de réponse non plus. Pire, il va même jusqu’à faire dans une sorte d’adieu et d’hommage, quand il adresse ses « remerciements » à, précise-t-il, « tous ceux qui ont réagi avec nous, ceux qui nous ont soutenu et ceux qui s’y étaient opposé ». En tout cas, on en saura plus sur les raisons de cette décision que vers la fin du mois en cours, lorsque le MSP présentera son évaluation. En attendant, il n’est pas forcément nécessaire d’être un fin analyste pour tirer les conclusions du chemin qui a été fait afin de mettre le doigt sur les causes du revirement. Globalement, l’offre que Makri a essayé de vendre au cours de son périple aux partis politiques, a été rejetée. Dans le camp du pouvoir, le FLN, le RND et TAJ n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère pour rejeter carrément le concept, refusant de parler d’une quelconque transition, encore moins de l’intervention de l’armée ou d’un autre candidat de consensus, à part Abdelaziz Bouteflika qu’ils soutiennent pour un cinquième mandat.

Au sein de l’opposition, les rejets étaient plutôt polis et diplomatiques. De l’attachement du FFS à son initiative de reconstruction du consensus national comme « seule et unique alternative » à la crise, au qualificatif de « piège » utilisé par Louisa Hanoune, secrétaire générale du PT, jusqu’à la réaction du RCD qui l’a estimée « sans issue », l’initiative de Makri n’a point trouvé de soutien. Tous ces paramètres ne pouvaient, en fin de compte, que renforcer la conviction d’échec au sein du MSP dont on sait les divergences sur la ligne prônée par son président.

Devant ces constats qui ne souffrent d’aucune ambiguïté, il fallait bien se trouver une bouée de sauvetage et la meilleure était de fixer une limite au projet. Ce qui le sauvera peut-être de l’oubli.