Reporters : Que pensez vous de l’emballement de la scène politique nationale à quelques mois de la présidentielle ?

Rachid Grim : Je ne parlerai pas d’emballement, mais plutôt d’accélération de prises de position à la veille des élections. Vous avez l’alliance présidentielle qui se mobilise pour un 5e mandat. Quant à ceux qui sont contre ce 5e mandat, ils partent en ordre dispersé, à l’instar de l’opposition « démocratique », où chaque parti se mobilise de son côté, à sa façon. Il en est de même des autres formations de l’opposition islamiste, à l’instar du Mouvement de la société pour la paix (MSP) qui ne sait pas où est-ce qu’il en est.

Le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) Djamel Ould Abbès répète à chaque fois qu’il n’a fait que solliciter le président de la République à se porter candidat pour 2019. Pensez-vous qu’il y ait possibilité que le 5e mandat n’ait pas lieu ?

Il n’y a aucune possibilité pour que le 5e mandat n’ait pas lieu. La seule possibilité est physiologique.

Mais Abderezak Makri, le président du MSP, pense que le 5e mandat est des plus hypothétiques. Qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas la première fois qu’il le dit. De toutes les façons, c’est un pari que fait Makri, qui a décidé de se situer dans l’opposition. A l’intérieur du MSP, il y a un courant en faveur du 5e mandat et un autre qui s’y oppose et qui est justement incarné par Makri. Le courant en faveur du 5e mandat au MSP est incarné par Abou Djerra Soltani qui veut revenir dans le gouvernement car il a perdu beaucoup d’avantages en étant à l’extérieur du pouvoir. Entre ces deux clans, il y a de grosses bagarres. Makri, qui fait le pari qu’il n’y aura pas de 5e mandat, joue sa carte en ce sens qu’il propose dans ce cas de figure une option de sortie de crise.

Que pensez-vous des différentes initiatives lancées récemment par plusieurs partis : le consensus national du FFS, la transition consensuelle du MSP et celle du front interne d’El Binaa ?

C’est toujours la même chose. Rappelez-vous, il y avait la même chose lors des 2e et 3e mandats. Il y a, à chaque fois, des initiatives de partis qui se positionnent. Le Front des forces socialistes a de tout temps appelé à un consensus national, qui est de toutes les façons condamné depuis le départ puisque personne n’en veut. Le consensus n’aura jamais lieu parce que chacun lui donne le sens qu’il veut. Moi, je pense que ces propositions, ce n’est que de la poudre aux yeux parce que jusqu’à maintenant, il n’y a rien de nouveau depuis 2000.

C’est donc, pour ces partis, une manière de dire qu’on se mobilise ?

Oui. C’est une façon de dire qu’on est là. Mais aucune des formations n’a une position assez solide et importante pour faire l’Algérie de demain. Rien n’est fait pour une véritable alternative.

Que pensez-vous de l’initiative de transition consensuelle de Makri ?

Le courant islamiste est représentatif dans la société en Algérie, mais la proposition de Makri n’est pas suffisamment forte pour représenter une alternative. Mais, il ne faut pas oublier que les islamistes jouent sur le long terme.

Pourquoi à travers son initiative, Makri sollicite l’armée ?

Parce que c’est la seule force organisée en Algérie. C’est une institution patriotique et républicaine.

L’initiative Makri est-elle viable ?

Non, elle est rejetée de partout. Il n’y a aucun parti qui l’a accueillie favorablement.

Que pensez-vous de l’initiative du parti El Binaa pour le renforcement du front interne ?

C’est une initiative qui n’a aucun intérêt. Déjà le parti ne représente rien, la personnalité de son leader n’attire pas non plus. Donc, c’est juste un coup d’épée dans l’eau.

A quelques mois de la présidentielle, il y a deux candidats à la magistrature suprême qui sont déclarés : Fethi Guerras du MDS et Nacer Boudiaf. Que pensez-vous de ces deux postulants ?

Ils se portent candidats juste pour apparaître. Le MDS est un parti marginal, il n’a pas d’assisse populaire. Et Nacer Boudiaf veut juste mettre en avant sa personne. D’autant qu’il n’a pas de projet politique, il veut juste mettre en avant sa personne en disant « je suis aussi bien que mon père ». Il n’est cependant pas porteur d’un projet politique qui lui est propre encore moins celui de son père. Pour ce qui est de Fethi Guerras, personne ne le connaît vraiment et ce n’est pas parce qu’il est polyglotte qu’il va réussir.