Le 30 juillet dernier, Ahmed Ouyahia et Djamel Ould Abbès s’étaient retrouvés au bureau du… Premier ministre, en leur qualité de secrétaires généraux du RND et du FLN, pour réitérer leur appel au président de la République, Abdelaziz Bouteflika, de poursuivre sa mission à la tête du pays. En d’autres termes, présenter sa candidature à l’élection présidentielle de 2019. Depuis, la machine est mise en marche et les deux partis constituant la base de l’Alliance présidentielle et de la majorité parlementaire sont dans une sorte de course contre la montre pour associer le maximum de formations politiques à cette démarche.

Passés les conflits et les querelles partisanes, le FLN et le RND « œuvreront de concert pour soutenir leur candidat, le président Abdelaziz Bouteflika, et lui fournir un appui solide s’il répond favorablement à cette requête ». Ces deux « alliés » ayant « la même orientation » concernant le choix national et le but suprême qui est l’intérêt de l’Algérie, comme l’ont affirmé lors de la rencontre au palais du gouvernement, Ould Abbès et Ouyahia, sont plus que jamais unis autour du même objectif. 

Entre eux, il suffit donc d’un coup de sifflet pour que toutes les polémiques cessent. Reste la stratégie à adopter dans ce qui semble être une précampagne avant l’heure pour, à la fois, convaincre le président Bouteflika de rempiler et convaincre d’autres partis politiques d’adopter ce choix. « Nous serons, avec d’autres forces, un soutien fort s’il (Le président) répond favorablement à cette requête », avait déclaré le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, au sortir de sa rencontre avec Djamel Ould Abbès. Aussitôt, le FLN et le RND se mettent donc au travail. Ce qui se traduit par les multiples rencontres initiées aux sièges des deux partis, à Hydra et Ben Aknoun. Après avoir reçu la semaine dernière le président du parti El Karama, Mohamed Benhamou, le patron du FLN recevra aujourd’hui le président de l’Alliance nationale républicaine (ANR), Belkacem Sahli. Quant à Ahmed Ouyahia, il recevra demain au siège du RND, Amar Ghoul, président de Tajamou Amal El Jazaïr (TAJ). D’autres rendez-vous sont attendus durant les prochains jours, voire les prochaines heures, histoire d’élargir au maximum le front de soutien à la candidature de Bouteflika.

Les partis de la majorité visent à constituer une sorte d’alliance qui regroupera, non seulement les traditionnels soutiens comme TAJ ou encore le MPA, mais d’autres formations politiques à la recherche de positionnement à quelques mois seulement de l’élection du printemps 2019. D’ores et déjà, Benhamou a annoncé le « soutien » de son parti pour un 5e mandat, au même titre d’ailleurs que l’ANR de Sahli qui, dans un communiqué annonçant sa réunion d’aujourd’hui, rappelle son « appel au président de la République, le moudjahid, Abdelaziz Bouteflika, à poursuivre sa mission à la tête du pays ». Hier, c’était le groupe parlementaire des Indépendants qui s’est dit favorable à « la continuité », estimant que l’élection présidentielle est « une garantie de la continuité des réalisations politiques, économiques, sociales et culturelles ».

En tout cas, le plan des partis du pouvoir semble, jusqu’à présent, bien avancer au fur et mesure que de nouveaux adhérents sont enregistrés sur le chemin du 5e mandat. A l’opposé, et au moment où la majorité accorde ses violons, l’opposition, elle, patine. Ses partis sont frappés de crise d’égoïsme et d’incapacité à se rassembler autour d’un projet commun, encore moins d’un candidat commun. Les expériences de la CLTD et de l’ICSO n’ont finalement pas servi à grand-chose. L’initiative de consensus national du président du MSP, Abderrezak Makri, rejetée par les partis du pouvoir, n’a même pas reçu de soutien dans l’opposition. Le FFS, comme le RCD, ou encore les partis islamistes, à l’image du Mouvement Ennahda, lui ont tous tourné le dos, la condamnant à une mort certaine.

Du moment qu’ils partagent presque tous l’analyse de la situation que traverse le pays, la logique aurait voulu qu’ils dégagent le même plan pour affronter l’avenir, entre autres la prochaine présidentielle. Hélas, ce n’est pas le cas.

Entre celui qui veut faire cavalier seul, celui qui cherche à se positionner ou à offrir ses services et un troisième qui ne se sent même pas concerné, les partis de l’opposition sont en passe de rater, encore une fois, l’occasion de présenter au peuple un projet commun et prouver que ce camp peut constituer l’alternative.