En 2014, la valeur des importations de véhicules caracolait autour de 6 milliards de dollars, c’était assez pour que le gouvernement prenne une décision radicale, celle d’introduire, en 2016, les licences d’importation de voitures, d’en arrêter carrément l’importation en 2017 et d’élaborer une stratégie de montage automobile locale ou ce qui y ressemble.

Il espérait faire baisser la facture des importations. Mais tout cela aura été peine perdue. La preuve, la facture d’importation des collections CKD destinées à l’industrie de montage des véhicules de tourisme s’est établi à près de 1,32 milliard de dollars au 1er semestre 2018, alors que cette industrie patine encore, n’arrivant toujours pas à donner plus de consistance à l’offre en véhicules. La situation de l’industrie automobile est loin de se rapprocher de ce qui existe ailleurs ou de ce que veut le gouvernement, sans que personne intervienne, le ver est dans le fruit ! Il faut dire que cette industrie a pris un mauvais départ, le gouvernement n’a pas mis en place des bases solides pour la développer. Dans l’urgence du moment, l’Etat semble avoir laissé aller, laissé faire. Et des constructeurs en ont profité. L’objectif est simple, clair et impératif : Monter des usines, quel qu’en soit le prix, le taux d’intégration. Renault Algérie, par exemple, a construit une usine de production à Oran. Cette implantation industrielle aura coûté cher. En effet, le montant de l’investissement est estimé à 1,2 milliard d’euros, avec 300 emplois à la clé, et quelques emplois dans la sous-traitance, pour une capacité, en vitesse de croisière, de 

75 000 véhicules destinés exclusivement au marché Algérien (pas d’export), alors que, par exemple, l’usine Renault-Dacia de Tanger n’aura coûté qu’un milliard d’euros pour une production de 400 000 véhicules/an avec deux modèles et bien sûr, destinés à l’export, créant près de 6 000 emplois directs et près de 30 000 emplois indirects.

Renault a compris qu’il avait tout à gagner à mettre en place cette unité de production. Que le taux d’intégration réalisé dans le site industriel d’Oran soit faible, tout cela est secondaire par rapport au fait tout simple qu’un des grands constructeurs d’Europe participe au développement de cette industrie. Le groupe hexagonal peut toujours dire que ce n’est pas de sa faute, si le processus d’intégration n’a pas atteint le pourcentage souhaité, car, il n’y a pas suffisamment de sous-traitants locaux rompus à l’industrie mécanique. Sur le fond, il n’a pas tort. Seulement, il fallait au départ faire en sorte que les PME algériennes impliquées dans la sous-traitance soient prêtes à l’aventure industrielle dans la branche mécanique, avant de monter l’usine. Rien n’a été fait pour qu’elles le soient. Le constructeur français a eu en fait un contrat d’Etat à Etat, ou presque. Il s’est entouré de garanties dont l’Etat est garant.

Les sous-traitants, eux, n’ont pas eu cet avantage. Un total de 8 036 véhicules semi-assemblés ont été importés sur les deux premiers mois de l’année 2018, depuis l’usine Dacia en Roumanie et destinés à l’usine de montage de Renault Algérie sise à Oued Tlelat à Oran, selon des chiffres publiés par l’Association des constructeurs automobiles de Roumanie. Des véhicules en SKD, carrosseries semi-assemblées, ont été expédiés vers l’Algérie entre janvier et février 2018.

Ce nombre de véhicules importés concerne, essentiellement, selon cette association, le modèle Dacia Sandero Stepway, monté par le constructeur français implanté en Algérie. Il est utile de rappeler que durant l’année 2017, Renault Algérie a importé quelque 20 000 carrosseries de la Symbol Made in Algérie depuis l’usine d’AvtoVaz en Russie. Les autres constructeurs qui ont pris pied dans cette industrie tirent également bénéfice d’un marché vierge où on observe un déséquilibre très prononcé entre l’offre et la demande. Résultat, les prix de voitures ne peuvent que s’envoler.