Les deux initiatives politiques lancées par les formations islamistes, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) et El Binaa, ont lamentablement échoué d’entrée de jeu. Initiées à une semaine d’intervalle, les deux démarches censées offrir des perspectives de sortie de crise au pays ont été très rapidement rejetées à l’unisson par l’ensemble de la classe politique.

Pourtant, Abderezak Makri, président du MSP, en préconisant une «transition consensuelle sous l’égide de l’armée», croyait dur comme fer à la réussite de sa démarche. Associant, même les formations de la majorité, Makri a été surpris par les rejets qu’a suscités sa proposition, y compris par les formations de l’opposition. «L’implication directe de l’Armée dans la gestion de l’impasse actuelle ne peut constituer une réponse crédible à la crise politique que vit le pays», avait tranché le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), lors de son conseil national, précisant que « l’Algérie a besoin de jeter les bases d’institutions issues et contrôlées par la société dans un processus de démocratisation graduel et transparent, adossé à une légitimité incontestable, pour tourner la page de l’autoritarisme et du fait du prince». Même son de cloche du côté du FFS qui défend sa propre initiative. Mais la réaction la plus froide envers la proposition de Makri a émané des formations de la majorité. Si Ould Abbès, secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), a simplement dit exprimer «des réserves à propos de la transition consensuelle», Ahmed Ouyahia, le patron du Rassemblement national démocratique (RND), a rejeté point par point l’ensemble du contenu de la proposition de Makri. «L’Armée doit être laissée à ses misions constitutionnelles», avait répondu Ouyahia, tout en considérant que l’appel à une transition politique constitue «une remise en cause de la souveraineté populaire». Le ton volontiers offensif utilisé par Ouyahia avait même contraint le MSP à décider d’écourter le débat sur la question du rôle de l’institution militaire pour se focaliser «autour des questions consensuelles», nous ont révélé des membres de la direction du parti islamiste. De son côté, l’initiative «l’Algérie pour tous» du président du mouvement El Binaa, Abdelkader Bengrina, par ailleurs transfuge du MSP, a tout autant été accueillie par un rejet, sinon par un désintérêt. Proposant à la classe politique une démarche visant «le renforcement du front interne, la préservation de l’unité nationale et une sensibilisation accrue aux menaces qui ciblent le pays», la démarche a été accueillie sans trop d’intérêt tant de la part de Ould Abbès que Makri, les deux patrons de parti auxquels il a exposé sa vision de sortie de crise. C’est ainsi qu’Ould Abbès a affirmé que son parti «a clos le débat sur le volet politique et refuse de débattre avec tout parti ou personne au sujet de la légitimité des institutions et la transition démocratique, mais accueille, en parallèle, toute discussion portant sur l’aspect économique», et ce à la surprise de Bengrina, porteur d’une initiative politique.

Quant à sa rencontre avec Makri, le patron du mouvement El Binaa s’est heurté à une réponse nette de ce dernier : «Nous avons-nous-mêmes notre initiative de la transition consensuelle et à laquelle nous souhaitons faire adhérer toute la classe politique.» En ce sens, les démarches, tant du MSP que celle du mouvement El Binaa, sont des projets mort-nés non seulement parce qu’elles suscitent des oppositions au sein même de leur propre camp, mais aussi et surtout compte tenu de l’alliance ouvertement exprimée entre le RND et le FLN de porter de concert la candidature du président Bouteflika à un 5e mandat.