Stupeur et incompréhension des quelques personnes présentes dans le minuscule tribunal de Ghardaïa après le report expéditif de l’énoncé du verdict dans le procès de Salim Yezza, le militant amazigh, poursuivi pour «incitation à la violence et incitation à la haine». En effet, cela n’a pas pris plus de 30 secondes entre l’appel du prévenu et le prononcé du juge, l’informant du report du verdict à la semaine prochaine, à savoir mardi 7 août.

Pris de court et ne s’attendant pas à une telle tournure de son procès, Salim Yezza regardait de tous les côtés, cherchant du regard un réconfort de la part de ses avocats qui étaient tous absents. Le seul à être arrivé, et encore en retard, bien après le prononcé par le juge du report du verdict, est Maître Noureddine Ahmine. Son frère, qui était dans la salle aux côtés du coordinateur national du MDS, Hamid Ferhi, semblait abasourdi par l’annonce du report, ne s’expliquant pas les raisons l’ayant motivée. C’est Maître Noureddine Ahmine qui lui donne une réponse toute juridique : «Le juge n’a pas à justifier sa décision, nous devons nous y conformer et attendre la semaine prochaine.» Interrogé quant au moral de Salim, le frère du détenu se plaint d’avoir été empêché d’aller lui rendre visite en prison. Ce n’est, selon lui, que «grâce à certaines interventions, que j’ai pu le voir». Puis il ajoute : «Cela fait deux semaines que mon frère est ici à Ghardaïa en prison, loin de notre famille à T’kout, dans la wilaya de Batna. Étant donné que je suis le seul à me déplacer ici pour le soutenir et l’approvisionner en quelques denrées, on ne m’a délivré qu’un seul billet de visite. Ce n’est pas normal, il vit en France et il n’a personne ici, il faut bien qu’un membre de sa famille puisse lui rendre visite régulièrement pour répondre à ses besoins élémentaires tant en denrées alimentaires qu’en médicaments. En tout cas, j’espère bien que mardi prochain sera la fin de cette angoissante affaire.»
Pour rappel, Salim Yezza, poursuivi pour «incitation à la violence et incitation à la haine», a été arrêté le 14 juillet 2018, à l’aéroport de Biskra, et ce en vertu d’un mandat d’arrêt émis le 10 juillet par le procureur de la République du tribunal de Ghardaïa, alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour la France, où il réside. Mis aux arrêts, d’abord à la prison d’El M’ghaïer, il a été ensuite transféré vers celle de Ouargla avant d’arriver à Ghardaïa, où il a été écroué à la prison de Chaâbet Ennichène, au chef-lieu de wilaya. Il était arrivé en Algérie le 5 juillet, par un vol Paris/Biskra pour assister à l’enterrement de son père, dans sa ville natale de T’Kout, dans la wilaya de Batna. A son arrivée, il n’a pas le moins du monde été inquiété. Le 7 du même mois, il était retourné à l’aéroport de Biskra pour récupérer quelques affaires, encore une fois sans aucun problème. Ce n’est que le 14 juillet, alors qu’il s’apprêtait à embarquer, toujours à partir de Biskra vers la France, qu’il lui a été notifié qu’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt émis à son encontre par le procureur de la République du tribunal de Ghardaïa. Mandat établi le 10 juillet 2018. Défendu par un collectif de quatre avocats, à savoir maîtres Noureddine Ahmine, Salah Dabbouz (qui était absent ce jour-là), Koceïla Zeguine et Abderrahmane Salah, son procès a eu lieu mardi 24 juillet au tribunal de Ghardaïa, au terme duquel le ministère public a requis une peine de deux ans de prison ferme et un million de dinars d’amende. Et c’est ce mardi 31 juillet que devait être prononcé le verdict, finalement repoussé à la semaine prochaine, soit au mardi 7 août 2018.