Finis les échanges d’accusations, de critiques et d’amabilités entre le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND). La rencontre qui a regroupé, lundi au siège du gouvernement, les secrétaires généraux des deux partis a scellé le début d’une nouvelle ère. « Le FLN et le RND sont des alliés stratégiques ».

La phrase est répétée par Djamel Ould Abbès et Ahmed Ouyahia au sortir de leur tête-à-tête, et à l’issue duquel ils ont réitéré leur appel au président de la République, pour « continuer sa mission » à la magistrature suprême du pays et « poursuivre le processus de développement ». Selon eux, leurs partis « vont œuvrer de concert pour soutenir leur candidat, le Président Abdelaziz Bouteflika et lui fournir un appui solide s’il répond favorablement à cette requête ». Un objectif qui va vite se traduire sur le terrain avec une série de rencontres en cours et d’autres annoncées avec plusieurs chefs de parti parmi la majorité parlementaire d’abord, TAJ et MPA, puis les autres petites formations politiques. D’ores et déjà, Djamel Ould Abbès a reçu, hier au siège de son parti à Hydra, le président du parti El Karama, Mohamed Benhamou et devra recevoir aujourd’hui celui de l’Alliance nationale républicaine (ANR), Belkacem Sahli. Pour sa part, le patron du RND, Ahmed Ouyahia présidera, le lundi 6 août, avec Amar Ghoul, président de Tajamou Amel El Jazair (TAJ), « une rencontre qui regroupera les directions des deux partis », selon un communiqué du parti. D’autres rencontres, notamment « une surprise », d’après les propos d’Ould Abbès, tenus hier, lors d’un point de presse commun animé avec Mohamed Benhamou, sont programmées. C’est dire que la machine est désormais lancée et tout ce qui peut apporter un plus dans ce processus accéléré de succession de Bouteflika à lui-même est le bienvenu. Le président d’El Karama a d’ailleurs réaffirmé, hier, et de manière officielle se joindre à l’appel initié par le FLN, parti qu’il considère comme exemple en matière de nationalisme et un rempart pour les intérêts suprêmes du pays. « Nous appelons, à notre tour, le président Abdelaziz Bouteflika à poursuivre la mission (à la tête du pays)», a déclaré Benhamou, ajoutant : « Nous savons qu’il ne fuit pas la responsabilité ». Ould Abbès, lui, s’est montré très ouvert. Le langage dans lequel il se vantait que « le président de la République est celui du FLN » est laissé de côté. « On ne monopolise pas le pouvoir ni le président. Il est Président de tous les Algériens », a-t-il déclaré, assurant que « le FLN veut travailler avec l’ensemble des partis politiques, à la seule condition qu’ils respectent la proclamation du 1er Novembre 1954 et la légitimité, notamment celle du président Abdelaziz Bouteflika ».

FLN-RND : Nouveau langage
Même poussé par les journalistes, Ould Abbès se maintiendra de commettre l’erreur de piquer des flèches à son ‘’partenaire’’ le RND. Interrogé sur la réunion annoncée d’Ouyahia avec Amar Ghoul qui dirige un parti de la majorité présidentielle, et si cela signifierait que c’est le Premier ministère qui mène la locomotive du 5e mandat, le patron du FLN s’est montré très calme. « Locomotive ? Nous, on veut que tout le peuple se mobilise (autour de Bouteflika). On ne dit pas que c’est le FLN ou c’est le RND qui guident », a-t-il répondu, estimant qu’Ouyahia « est libre de rencontrer qui il veut ». Il va même jusqu’à l’encenser : « Ouyahia est un homme d’État, conscient des enjeux ». C’est donc l’union sacrée et l’ère des attaques est révolue. Place désormais à ce qui urge le plus : l’élection présidentielle de 2019. A huit mois de l’échéance, le FLN et le RND agiront « de concert » et dans le seul objectif de rassembler le maximum de soutien à la candidature de l’actuel chef de l’Etat pour un autre mandat.

Affaibli, Makri s’accroche !
Dans cette démarche aussi, il n’y a plus de temps à perdre pour d’autres activités, notamment les initiatives proposées sur la scène politique à l’image de celle portant consensus national de Abderrezak Makri, président du MSP. Ce dernier, après avoir essuyé un rejet catégorique au siège du FLN, puis au siège du RND, devra comprendre que son offre est complètement dépassée, et surtout vite mise aux oubliettes. La priorité pour les deux partis est de convaincre le Président d’accepter l’appel de « poursuivre sa mission ». Il n’y aura ni candidat de consensus ni une quelconque période de transition. Malgré ce constat, le chef du parti islamiste continue de frapper aux portes des partis politiques et d’ouvrir les siennes à d’autres. Des efforts qui ne mèneront, faut-il l’admettre, à aucune issue, maintenant qu’il y a d’un côté, les soutiens à la candidature de Bouteflika, et de l’autre, les rejets qui lui ont été exprimés dans l’opposition.