Reporters : Lundi 30 juillet, Ahmed Ouyahia et Djamel Ould-Abbès se sont rencontrés au Palais du gouvernement pour évoquer la « situation politique » dans le pays. Leur entretien s’est terminé par un appel au chef de l’Etat à « accepter un sacrifice supplémentaire » et d’aller chercher un 5e mandat présidentiel. Quelle lecture à faire de cette rencontre ?

Smaïl Debéche : Selon moi, cette rencontre revêt deux caractères : l’un ordinaire, l’autre qui l’est un peu moins. L’ordinaire est dans le fait qu’il s’agit de deux chefs de partis de la majorité, les plus importants, qui ont confirmé leur mobilisation pour un 5e mandat du président Bouteflika.
Leur rencontre, qui connaîtra des suites ces jours-ci, s’inscrit dans le cadre des préparatifs de précampagne et de campagne pour ce 5e mandat. Le moins ordinaire, c’est que le chef du RND, Ahmed Ouyahia, a reçu le chef du FLN, à la chefferie du gouvernement. Ce lieu donne à leur appel un caractère solennel accru qui n’a pas dû échapper aux observateurs politiques. Je vous rappelle que cette rencontre entre les deux responsables de partis est intervenue après les rencontres qu’ils ont eues avec le leader du MSP, Abderrazak Makri, qui cherchait à défendre son « consensus pour une transition ». J’y vois alors une réponse de refus cinglant à l’initiative du chef du parti islamiste, un rappel des chefs du RND et du FLN que ce sont leurs formations – dominantes au Parlement et dans les assemblées locales – qui déterminent les tendances au sein du champ politique.

L’initiative du leader du MSP est rejetée par les deux poids lourds de la majorité, dites-vous. De nombreux médias ont pourtant souligné l’importance des contacts et des tractations menées par M. Makri…
A mon avis, ces tractations ont été amplifiées et les médias qui en sont responsables n’ont pas eu le temps de bien les examiner et de les peser en termes d’impact sur le champ politique.
Selon moi, le chef du MSP s’est lancé dans une opération vouée à l’échec dès le départ : lui-même a refusé auparavant de soutenir des propositions similaires venues d’autres forces politiques de l’opposition. Il a commis la gaffe de vouloir impliquer l’institution militaire et, pour conclure, il traîne le passif des expériences malheureuses de Mazafran 1 et 2. Les conditions d’échec de ces rencontres de l’opposition en 2015 et 2016 sont les mêmes aujourd’hui. Je pense même qu’elles se sont aggravées par le sentiment, voire la conviction qui existe réellement au sein des acteurs de cette opposition et selon laquelle chacun travaille pour son propre camp et pour la recherche d’un leadership seulement. Ceux qui parlent de consensus racontent des histoires qui sont chaque jour contredites par ce qui est observé sur le terrain. Et l’échec de M. Makri à défendre son projet, son isolement au sein même de sa propre famille politique, celle des islamistes, le montrent bien.

Le MSP a-t-il fait un coup médiatique uniquement ?
Au vu des résultats de son initiative, oui. L’idée de son chef de montrer que sa formation est influente sur le champ politique est sérieusement ébranlée. Ce qui remonte en surface, en revanche, c’est que le parti qu’il dirige a une histoire qui se confond avec la défense jadis de positions du pouvoir et qu’il a été plusieurs fois au gouvernement, générant des contradictions importantes au sein de son élite dirigeante.

L’attentat d’Azzaba va-t-il changer la donne politique ?
Je n’ai pas les données nécessaires concernant cette question mais je peux dire que le niveau du terrorisme actuellement est nettement moins menaçant que par le passé et dans certains pays étrangers ultrasécurisés. La donne à relever est la confirmation que l’ANP est garante de la lutte antiterroriste dans le pays et de la sécurité nationale.