La controverse à laquelle s’adonnent depuis quelques jours déjà des bénéficiaires de crédits Ansej-Cnac et les autorités officielles relance de plus belle le débat sur la nature des crédits bancaires octroyés et la viabilité des projets financés.

Des centaines de bénéficiaires des crédits Ansej-Cnac réclament depuis quelques jours l’effacement de leurs dettes auprès des banques ainsi que leurs ardoises fiscales. Les pouvoirs publics, représentés par le ministère du Travail duquel dépendent administrativement les dispositifs de soutien à l’emploi des jeunes, opposent une fin de non-recevoir à toutes les réclamations exposées par les bénéficiaires des crédits Ansej-Cnac. Un tel casse-tête était pour le moins inévitable eu égard aux conditions dans lesquelles ces dispositifs ont évolué, notamment depuis 2011. Durant cette année, alors que certains pays de la région étaient en proie à des troubles liés au Printemps arabe, les autorités algériennes étaient dans l’obligation de revoir les conditions d’accès aux crédits Ansej-Cnac afin d’absorber le courroux de certains demandeurs d’emplois. « Allez voir l’Ansej », lançait Abdelmalek Sellal à l’adresse des jeunes, alors Premier ministre. Il avait même instruit les banques à ne pas s’ériger en écueil face à ce qu’il appelait son « cadeau du Printemps » aux jeunes. Difficile dans ces conditions de privilégier les porteurs de projets économiquement viables lorsque les dispositifs de création d’emplois passent de la main des techniciens à celle des politiques. Et c’est durant 2011 et 2012 que le nombre et la valeur des crédits bancaires ont sensiblement augmenté. Résultats des courses : la viabilité économique de nombreux de projets financés s’est révélée un leurre, des cas de fraudes ont été détectés au fil des années, des défections aussi. Les banques, publiques essentiellement, se sont retrouvées face à un casse-tête chinois ; le remboursement de nombre de crédits fait défaut et le taux des créances bancaires impayées évoluait crescendo pour atteindre 12,3% en 2017 sur l’ensemble des crédits octroyés. Dans son dernier rapport sur l’évolution des agrégats financiers et économiques de l’Algérie au titre de l’exercice 2017, le Fonds monétaire international a indiqué que «la proportion brute des prêts bancaires improductifs a augmenté légèrement, passant de 11,9% à 12,3% des prêts totaux à la fin 2017, en raison notamment des répercussions des arriérés de l’Etat envers ses fournisseurs». A fin 2017, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, alors qu’il présentait la feuille de route de son gouvernement, avait indiqué que le montant global des créances bancaires non recouvrées était de 800 milliards de dinars à fin septembre 2017. La hausse, en valeur, des créances non performantes au niveau des banques est liée, en partie, au défaut de remboursement de centaines de crédits octroyés dans le cadre des dispositifs Ansej-Cnac. Une hypothèse que le prédécesseur d’Ahmed Ouyahia a toujours rejetée, y voyant «une rumeur sans fondement et une insulte à des centaines de milliers d’Algériens qui travaillent et déploient des efforts pour gagner honnêtement leur vie». Abdelmalek Sellal avait indiqué, en mars 2017, que les mécanismes Ansej et Cnac ont permis de financer et de créer un grand nombre de PME ayant généré deux millions de postes d’emploi, faisant observer que plus de 190.000 microentreprises ont été créées par des jeunes diplômés de l’université, des centres de formation professionnelle. Il avait estimé à 681 milliards de dinars la totalité des crédits alloués à travers les différents mécanismes de soutien à l’emploi des jeunes. Il a, néanmoins, évalué les retards dans le remboursement des crédits à 19% seulement. Les responsables en charge des dispositifs se refusent de donner de nouveaux chiffres sur le taux des crédits bancaires non remboursés par les bénéficiaires dans le cadre desdits dispositifs. Cependant, le resurgissement des doléances autour de l’effacement des dettes et des ardoises fiscales renseignent sur l’ampleur des défections. En tout cas, les pouvoirs publics refusent jusqu’ici de céder à la pression de la rue et tentent de remettre la balle dans le camp des contestataires en invitant les banques à actionner le levier de la justice contre les retardataires. Le duel ne fait que commencer.