Véritable désenchantement pour les jeunes promoteurs ayant bénéficié de crédits dans les cadre des dispositifs Cnac, Ansej et Angem qui réclament, aujourd’hui, l’annulation pure et simple de leurs dettes et dénoncent « l’échec de la politique de l’emploi en Algérie ».

En effet, après avoir tenté quelques sit-in et rassemblements suite à l’appel du collectif d’appui à la micro-entreprise qui, jusque-là, a fait part de revendications plus ou moins raisonnables, à l’instar de l’abandon des poursuites judiciaires contre certains jeunes promoteurs, ces jeunes protestataires qui réclament une amnistie viennent de se heurter à un refus catégorique de la part du gouvernement. « « L’effacement de cette dette n’est pas à l’ordre du jour, car c’est une opération contraire à l’esprit de l’entrepreneuriat. D’autant plus que nous voulons former une génération responsable ayant cet esprit », avait déclaré Mourad Zemali, ministre du Travail, avant-hier depuis Boumerdès. Mais il a indiqué que certaines mesures d’aide aux promoteurs pourraient être mises en place, comme le « rééchelonnement de la dette et l’annulation des penalités de retard ». Se considérant aujourd’hui comme les victimes d’une mauvaise politique de l’emploi, ces jeunes promoteurs refusent de se plier à la règle et appellent à l’effacement de leurs dettes, comme cela a été le cas pour les agriculteurs et les éleveurs en 2009, lorsque le président de la République avait effacé de l’ardoise 41 milliards de dinars de dettes. Interrogé à ce sujet, l’expert en finances Ferhat Aït Ali considère aujourd’hui ce bras de fer entre le gouvernement et ces jeunes promoteurs comme « une suite logique d’une mauvaise politique de gestion », a-t-il fait savoir. « Le projet d’aide aux jeunes pour la création de petites et moyenne entreprises avait très bien démarré. Il s’agissait de sommes raisonnables attribuées à des jeunes qualifiés, porteurs de projets qui répondent à la demande du marché. Hélas, c’est à partir de 2010 que les choses ont commencé à dégénérer. L’actuel ministre du Travail, qui était à la tête de l’Ansej, a contribué à l’achat de la paix sociale en laissant des jeunes non qualifiés bénéficier de crédits Ansej », a-t-il déploré. En effet, selon Aït Ali, ces dispositifs d’aide aux jeunes ont, à une période, servi d’outils pour maintenir la paix, « lors du Printemps arabe, en particulier, et la guerre civile en Libye. Le gouvernement a écarté tout risque de révolte en attribuant des sommes très généreuses à une jeunesse qui lui faisait peur. » La majorité des jeunes ayant bénéficié de ces crédits n’ont même pas fait l’effort de tenter d’entreprendre. Ils ont acheté du matériel qu’ils ont revendu avant même de l’acquérir, d’autres ont carrément consommé les chèques en voyages », a-t-il fait savoir. Indiquant que le gouvernement ne dispose pas de moyens nécessaires pour faire pression sur ces jeunes. « Le ministre a parlé de saisie de matériel qui sera revendu aux enchères. C’est une opération qui coûte de l’argent et qui nécessite beaucoup de temps. Pour un dossier, la justice peut traîner jusqu’à 4 ans, alors combien d’années pour des centaines de dossiers ? », a-t-il dit.
Comme solution à ce conflit qui risque d’enfler dans les jours à venir, Ferhat Aït Ali a appelé le gouvernement à assumer sa responsabilité vis-à-vis de ces jeunes.