« Al-Tiba9 » est un événement artistique d’art contemporain dédié aux arts visuels, en particulier, la peinture, la sculpture, la photographie, la vidéo, l’installation et la performance, conçu et organisé depuis 2013 par l’artiste contemporain algérien Mohamed Benhadj allias « Mo’ ».

D’abord lancée en Algérie, la manifestation se déroule depuis deux années à Barcelone et connaît au fil des années une notoriété internationale de plus en plus importante. Dans cet entretien, Mohamed Benhadj revient sur la 6e édition, organisée récemment à Barcelone avec des artistes arabes et occidentaux, et explique sa démarche artistique ainsi que les ambitions du concept de cet événement artistique contemporain qui revendique haut et fort son algérianité.

Reporters : Depuis l’édition 2017, Al-Tiba9 est organisée à Barcelone, alors que les premières éditions se sont déroulées à Alger, pourquoi ce choix ?
Mohamed Benhadj : Tout d’abord, il faut savoir qu’Al-Tiba9, qui veut dire oxymore, est une démarche artistique basée sur l’oxymore de sa propre pensée. Chaque édition est conçue, réfléchie et construite comme une œuvre d’art à part entière. Cette manifestation artistique est le fruit de recherches esthétiques ; toutes les disciplines et créations artistiques s’assemblent pour créer une seule œuvre éphémère sans cesse régénérée lors de chaque édition qui est « Al-Tiba9 ». Ce concept d’oxymore (Al-Tiba9) est en train de prendre forme même dans sa perception de l’espace et du temps. Le passage à l’Occident n’est qu’une phase de la construction globale du projet. Je rappelle que les deux dernières éditions sont organisées à Barcelone contre quatre précédentes à Alger. Al-Tiba9 fait aussi l’union des artistes arabes et occidentaux de différentes disciplines et techniques. Cela a été le cas pour toutes les éditions d’Al-Tiba9. L’oxymore est aussi dans le jour et la nuit. Dans cet esprit, les cérémonies d’ouverture d’Al-Tiba9 commencent toujours en plein jour et se terminent la nuit. Comme je l’ai déclaré auparavant, avec cette 6e édition, Al-Tiba9 a ouvert une équation où les oxymores se sont rencontrés tous ensemble : l’Occident/Orient, Lumière/Ombre, Vie-Mort, tous réunis dans cette nouvelle section d’Al-Tiba9.

Justement, la nouveauté aussi, c’est l’introduction d’une nouvelle section Al-Tiba9 Contemporary Fashion Weekend. Pouvez-vous donner plus de précision à ce sujet ?
Pour sa 6e édition, Al-Tiba9 a annoncé l’arrivée d’une nouvelle section «Fashion Design» pour représenter encore plus d’artistes et baptisée ACFW (Al-Tiba9 Contemporary Fashion Weekend). Cette section n’a rien de mode ou sens du stylisme classique. ACFW est une plateforme qui permet la promotion de créateurs indépendants établis et émergents du monde arabe et aussi du monde entier. Ces créateurs sont des artistes designers connectés à des perspectives contemporaines établies dans les domaines de la mode, de l’art et de la performance. Pour ces artistes, cette nouvelle section est une opportunité unique d’être visibles sur une plateforme mondiale de mode avant-gardiste. Les artistes créateurs sont encouragés à laisser, à intensifier leurs énergies artistiques et exprimer leurs visions créatives dans la réalité où l’impossible devient possible dans l’espace d’Al-Tiba9. C’est dans cet esprit qu’ACFW est un week-end de mode pas comme les autres. Alliant la mode contemporaine et l’art de la performance du monde entier avec des designers de renom, ACFW s’anime ainsi dans le cadre de l’édition principale avec un week-end de défilé de mode, performance, des expositions, et plus encore.

Comment s’est fait le choix des artistes venus d’horizons aussi divers, dont une Jordanienne d’Amman, des Japonais basés à New York, une Biélorusse basé à Prague et un Russe à Moscou ?
On me pose très souvent cette question. Al-Tiba9 est un événement artistique dont la participation est sur invitation uniquement. Généralement, il n’y a pas d’appel à participation, ni de processus de demande officielle. Cependant, il y a un appel ouvert pour les artistes émergents qui souhaitent faire part d’une prochaine édition. Son objectif est de promouvoir et soutenir les artistes émergents et leur carrière en leur offrant l’opportunité d’exposer à Al-Tiba9. Le choix des artistes pour la nouvelle section ACFW suit la même logique de sélection. Une forte présence avant-gardiste arabe et une pensée contemporaine occidentale.

Votre performance cette année a tourné autour de la thématique de la mort, pourriez-vous nous éclairer ?
Ma dernière performance n’est pas seulement autour de la thématique de la mort, certes la mort en fait partie, mais c’est plutôt autour de l’actualité brûlante que l’on vit dans le monde arabe. Pour replacer les événements dans leurs contextes, la 6e édition a eu lieu une semaine après la grande célébration du gagnant de l’Eurovision 2018, qui a été très médiatisé par certains médias. Par contre, la nuit même de la célébration, ce qui se passe en Palestine, un désastre humanitaire, est complètement occulté par les mêmes médias, comme si que l’importance de la vie humaine semble leur avoir échappé. C’est dans ce contexte que la performance trouve naturellement sa place dans le cadre de cette 6e édition par une performance à effets sonores réels d’une de ses nuits, où Gaza est sous le spectre de la mort. La bande son est mixée par deux artistes d’origine syrienne basés à Stockholm et Oslo. Cette performance est au cœur de quatre présentations de mode contemporaine qui commence par la présentation de la Jordanienne Farah Hourani, finaliste de Fashion Arabia, aux côtés de la grande créatrice Reem Acra. Farah, à son tour, complète la lecture par une collection expérimentale avant-gardiste faite à base de métal, d’acier, de verre, pour sublimer la vie comme pour générer une renaissance. A propos de mes performances, tout a commencé lorsque j’ai dû partir à l’étranger pour poursuivre mes études artistiques. Quelques jours avant mon départ, j’ai réalisé ma première vidéo sur la thématique du départ. De l’artiste obligé de partir. Cette performance a été le déclic pour les autres performances où je me positionne comme un artiste activiste. Cela va au-delà de l’artiste militant. Pour moi, un artiste activiste est un artiste qui réagit à chaud, à l’actualité qui l’entoure. Cela a été le même cas pour ma performance en soutien aux réfugiés syriens à Prague. Je pense qu’en tant qu’artistes, les questions qui touchent à notre part d’humanité face à l’actualité brûlante, s’imposent d’elles-mêmes. Du moins c’est ce qui fait mon art et c’est ce que j’exprime.

Vous êtes en préparation de plusieurs projets, pouvez-vous en dévoiler les grandes lignes ?
Après le lancement de la nouvelle section ACFW Contemporary Fashion Weekend, Al-Tiba9 a pris une dimension encore plus grande en représentant aussi les artistes créateurs. J’envisage une future collaboration d’Al-Tiba9 avec un évènement de renom dans l’art contemporain à Venise.

Au final, peut-on espérer un retour en Algérie d’Al-Tiba9 pour sa 7e édition ?
Al-Tiba9 n’a pas quitté l’Algérie, je l’ai toujours dit, et je le redis encore. Je tiens à préciser qu’Al-Tiba9 est un concept et une démarche purement algériens. C’est même un événement algérien. Certes je vis depuis quelques années à Barcelone, mais la réflexion, la naissance et même la première édition se sont déroulées en Algérie.
Il est important pour moi de souligner que je suis et je me revendique comme un artiste algérien à part entière, Je tiens aussi à préciser qu’Al-Tiba9 est devenue une structure beaucoup plus grande avec une équipe composée aujourd’hui de huit personnes de divers horizons et pays dont parmi eux, l’artiste italien vu lors des 3e et 5e éditions, Luca Rossini. Il faut aussi souligner que le nombre total de personnes impliquées dans la nouvelle section ACFW lors de la 6e édition est de 72 personnes. Ce que je veux dire, c’est que l’évènement d’Al-Tiba9 devient de plus en plus pointu et demande des moyens et des compétences de plus en plus importants. Al-Tiba9 ne pourra revenir pour la 7e édition dans les mêmes conditions que la 1re. Cette 7e édition sera, selon les conditions humaines et matérielles déployées pour la réussite de l’événement, soit en Algérie, soit en Espagne ou même ailleurs.

 

Parcours de l’artiste performer Mohamed Benhadj

Talentueux artiste contemporain algérien, Mo’, Mohamed Benhadj, a suivi un long cursus en design et art graphique à Alger et a ensuite intégré « Metàfora », l’atelier international d’art contemporain et art-thérapie à Barcelone pour un diplôme supérieur en discipline d’art contemporain.

Il a débuté sa carrière artistique en 2011 par une exposition personnelle en Algérie, par la suite, il a été contacté, la même année, par une galerie d’art hollandaise pour participer à sa première exposition internationale. Dès le début 2012, il réalise des projets artistiques dans l’art de la performance et organise des expositions à Alger avec des artistes d’Algérie et d’Europe. Il participe aussi à plusieurs expositions individuelle et collective en Espagne et en Hollande. En 2012, il crée son projet international « Al-Tiba9 » où il a invité la galerie Kir Royal Valancia pour participer dans le projet artistique «Al-Tiba9 » organisé pour la première fois à Alger en septembre 2013 après avoir exposé avec la même galerie à Amsterdam dans la prestigieuse «De Oud Kerk» en décembre 2012. C’est à l’occasion de cette 1re édition «Al-Tiba9», exposition internationale dans la galerie « Art et Culture » que sa performance a été présentée officiellement à la scène artistique algérienne après que beaucoup d’autres aient été réalisées la même année de manière surprenante, créant sa propre dimension artistique dans une scène d’art algérien jamais vu auparavant. Mo’, Mohamed Benhadj, est aussi le seul artiste contemporain algérien dont le travail a été sélectionné comme finaliste dans la section « Performance Art » au grand prix des arts contemporain « Prix Arte Laguna » et a présenté l’une des plus difficiles performances en live à «Arsenale Venice» à la biennale de Venise en mars 2015. De là, son travail entre dans de nombreux événements, festivals et musées tels que le Musée national du Bardo à Alger en Algérie, le musée d’art contemporain à Séoul, en Corée du Sud, le Netwerked Art Museum à Kolen, en Allemagne. Il participe aussi au « Festival Morphos Plazzo Alberizzi » à Venise, en Italie, au « Mira Digital Arts Festival » à Barcelone, en Espagne, et il a participé à de nombreux événements de solidarité internationale avec les réfugiés syriens en République tchèque, en Grèce, en Allemagne et en Italie. En 2014, sa performance intitulée «Dieu connaîtra les siens», présenté à Alger, avant de faire le tour des musées, fait partie d’une collection permanente du Museum of Networked Art, à Cologne, en Allemagne,