À moins d’une année de l’élection présidentielle 2019, le Premier ministre se joint officiellement, et avec lui son parti le Rassemblement national démocratique (RND), au train de la campagne pour un autre mandat du président Abdelaziz Bouteflika.

La candidature à un cinquième mandat, dont les spéculations sur son éventualité occupent depuis plusieurs semaines une large partie des débats de la scène politique, est-elle enfin une réalité ? La sortie d’Ahmed Ouyahia est pour beaucoup d’observateurs ce qui manquait à un processus entouré de flou. Le secrétaire général du RND a appelé, jeudi à l’ouverture des travaux de la 5e session ordinaire de son conseil national, «le moudjahid Abdelaziz Bouteflika à poursuivre la mission à la tête du pays». Un choix «pour la continuité et la stabilité», a expliqué le Premier ministre sous sa casquette partisane, assurant Bouteflika du «soutien» de sa formation politique.
L’appel d’Ouyahia intervient-il en retard ? Le patron du RND soutient qu’il était «temps» de prendre position par rapport au rendez-vous de 2019. Bien qu’il soit devancé par son frère-ennemi de toujours, le Front de libération nationale (FLN), qui a appelé Bouteflika à briguer un cinquième mandat, le Premier ministre de par son poste disposerait de tous les paramètres et données sur cette question. Le fait qu’il se soit enfin exprimé en faveur d’un autre mandat de l’actuel président donne le «La» pour un processus qui, peut-être, est déjà tranché dans l’entourage immédiat de Bouteflika, voire par le président lui-même. Et lorsqu’on connais les ambitions présidentielles du Premier ministre qui «attend sa rencontre avec le destin, sauf dans le cas où Abdelaziz Bouteflika se présente comme candidat», l’on est tenté de croire qu’il a définitivement mis un trait sur l’échéance de 2019.
Dans la perspective du 5e mandat, la sortie d’Ahmed Ouyahia vient, en effet, renforcer un certain nombre d’indices qui, depuis des mois, étaient perçus comme une précampagne et une course contre la montre en prévision du rendez-vous du printemps prochain. Le 9 avril dernier, le président de la République dont «la santé» et «la capacité à gérer les affaires courantes du pays» sont souvent sujets à polémique, prend tout le monde de court et effectue une sortie de terrain dans la capitale, avec comme escales les stations de métro et la mosquée Ketchaoua. Certains avaient parlé d’une visite d’adieux. Faux apparemment.
Trois jours avant la fin du mois de Ramadhan, une grande opération de distribution de logements toutes formules a été organisée «sur instruction» du président Bouteflika. Une opération qui a bénéficié d’une attention particulière du gouvernement et qui a été largement médiatisée. L’occasion pour les défenseurs de «la continuité» – un mot qui semble être au centre des slogans de campagne pour un autre mandat présidentiel – de vanter les réalisations et les acquis des années de règne de Bouteflika. Les citoyens bénéficiaires d’ailleurs n’avaient pas manqué de «remercier» le président. Une réussite donc pour ses initiateurs. Bien avant cette opération, Abdelaziz Bouteflika s’était distingué par un «acte» qui a été salué à plus d’un titre, dans l’opposition comme dans la majorité. Présidant un conseil des ministres, le 5 juin passé, il a en effet procédé à l’annulation des nouveaux tarifs annoncés dans le projet de loi de finances complémentaire (PLFC 2018) concernant les documents électroniques d’identité.
Cette façon de gérer les affaires du pays même s’il est, faut-il l’admettre, affaibli par sa maladie, «doit se poursuivre», à en croire les soutiens de Bouteflika. Après le FLN de Djamel Ould Abbès, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), avait lui-aussi, appelé «au nom des travailleurs» le chef de l’Etat à briguer un cinquième mandat. Avec l’appel d’Ahmed Ouyahia, il n’y a presque plus de doute que l’option est partagée de tous au sein de l’entourage, en attendant bien évidement que des partis de second plan, comme le MPA d’Amara Benyounès et TAJ d’Amar Ghoul s’expriment. Mais, d’un seul acteur dépendra cette possibilité : Abdelaziz Bouteflika. Ce dernier n’a jusqu’à présent pas dit son mot. Attendons pour voir…