C’est à l’issue d’âpres négociations et d’interminables allers-retours que les membres de l’Opep sont parvenus à un compromis autour d’une augmentation de l’offre pétrolière. L’Opep a décidé à l’unanimité d’augmenter sa production de pétrole de 1 million de barils par jour.

«Nous nous sommes accordés autour du chiffre de 1 million de barils par jour que nous avions proposé», a affirmé le ministre saoudien de l’Energie, Khaled al-Faleh, à l’issue de la réunion, l’ayant regroupé, hier à Vienne (Autriche), avec son homologue iranien Bijan Namdar Zanganeh. «Je pense que cela va contribuer de façon significative à répondre à la demande supplémentaire que nous prévoyons au second semestre», a-t-il ajouté. L’Iran était jusqu’à jeudi le principal obstacle à la conclusion de l’accord, tributaire, selon les statuts de l’Opep, d’un vote à l’unanimité, étant donné qu’il s’agissait d’un changement de politique liée à la production. Cependant, des négociations directes entre l’Arabie saoudite et l’Iran ont fini par déverrouiller ce blocage, qui aura duré plusieurs heures. En effet, après avoir quitté une réunion technique, tenue jeudi, le ministre iranien du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, est revenu à de meilleurs sentiments vendredi, laissant entendre, à sa sortie de la réunion qui l’avait regroupé avec son homologue saoudien, qu’il était plutôt optimiste. Un revirement important. Car, jeudi, le ministre iranien du Pétrole a affirmé qu’il «ne pensait pas» qu’un accord pouvait être trouvé lors de la réunion officielle d’hier. Ainsi, tout s’était joué comme en vase clos. La réunion entre Saoudiens et Iraniens a permis de mettre fin à une longue période d’incertitude et de rivalité entre les deux puissances régionales, voire à plusieurs semaines tumultueuses au sein de l’Opep et du groupe des pays signataires des accords de réduction de la production. «Nous avons eu une bonne discussion, nous nous sommes mis d’accord sur quelques principes susceptibles d’aboutir vers un compromis lors de cette réunion», a déclaré Bijan Namdar Zanganeh, alors que le texte officialisant l’accord était déjà en discussion. Cet accord préliminaire porte sur une hausse d’un million de barils/jour de la production de pétrole, soit environ 1% de l’approvisionnement mondial en brut. Il s’agit d’un simple ajustement, selon certains délégués de l’Opep, qui insistaient sur la nécessité de sécuriser les approvisionnements et rétablir, par la même, l’équilibre entre l’offre et la demande, à l’heure où plusieurs producteurs peinent à surmonter d’importants problèmes liés à la production. Une augmentation de un million de barils/jour était l’offre la plus raisonnable, selon certains délégués de l’Opep. Mais l’augmentation réelle sera probablement plus faible étant donné que nombre de pays sont incapables de rehausser leur production. Le nouvel accord permettrait de réduire les risques d’une défection du Venezuela, d’un côté, et de venir à bout des coupes excessives auxquelles certains producteurs se sont adonné dans le cadre de l’application des accords de réduction de l’offre. Les pannes inattendues au Venezuela, en Libye et en Angola ont également entraîné des baisses d’environ 2,8 millions de bpj de l’approvisionnement mondial en pétrole. Il a fallu donc intervenir pour rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande, même si certains producteurs, à l’image de l’Iran, voyaient en l’activisme saoudien en faveur d’une hausse de l’offre une réponse sur mesure au président américain, Donald Trump, qui avait accusé l’Opep d’être à l’origine d’une «hausse artificielle» des cours. D’autres grands pays consommateurs de pétrole, dont la Chine et l’Inde, ont à leur tour maintes fois appelé à augmenter l’offre et à sécuriser les approvisionnements. La reprise de l’économie mondiale en dépendait. Par cet accord, conclu à l’arraché, l’Opep s’est offert une démonstration d’unité nécessaire après une ambiance conflictuelle qui aura caractérisé les premières réunions de Vienne. La position iranienne a mis de la confusion dans les rangs des pays participants. Ce n’est pas la première fois que l’Opep fait face à de telles tensions, traditionnellement à la veille de chacune de ses réunions décisives. En 2000, rappelons-le, le secrétaire américain à l’Energie Bill Richardson, avait téléphoné à Ali Al-Naimi, alors ministre saoudien de l’Energie, lui demandant plus de pétrole, alors que ce dernier était en pleine réunion de l’Opep. Le procédé avait provoqué les foudres des Iraniens, qui avaient refusé de signer la décision de la réunion portant sur une augmentation de la production.
Les marchés pour leur part ont très vite réagi à la décision de l’opep. En effet, les prix du pétrole ont bondi hier en cours d’échanges européens, après la décision de l’Opep d’augmenter sa production de pétrole d’environ un million de barils par jour. Vers 14h30 GMT le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août valait 74,17 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse 1,12 dollar par rapport à la clôture de mercredi. Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude» pour la même échéance, progressait de 1,93 dollar à 67,47 dollars un peu plus d’une heure et demie après son ouverture.n