Là où vous allez, cités, quartiers, administrations, terrains vagues …, vous devez payer si vous êtes en voiture au risque de vous faire agresser. Payer quoi ? Un gardiennage que vous n’avez pas demandé. A l’instar des autres villes du pays, Batna la capitale des Aurès ne fait pas exception. La cité donne l’impression d’être partagée en coupes réglées par les « parkingueurs » comme on les appelle.

Au centre-ville, à la place du théâtre, à la poste, à la compagnie Air Algérie, près des banques ou des cafés, dès que vous vous mettez à garer, un quidam se pointe devant et vous indique sans mots ni formule d’accueil comment et où stationner. Une manière d’affirmer par le geste : « c’est ma chasse gardée et c’est payant ! ». Pour les besoins d’un article, j’ai dû subir le diktat d’un de ces gardiens. Sorti du siège d’Algérie télécom, il se posta aussitôt devant mon véhicule me demandant de régler le gardiennage, car ma voiture était « dans sa zone ». J’avais beau lui expliquer que je n’avais rien demandé et que je n’allais pas passer ma journée à payer à chaque fois que je gare dans la rue, le « parkingueur », la mine courroucée, répondait par la menace : «ici on paye, un point c’est tout. Sinon il y a d’autres méthodes…. » La suite est faite de mots déplacés et d’insultes et je deviens « cupide », « arrogant » et que je ne perds rien pour attendre. A Batna, les récits sur ces gros bras du gardiennage sont légion. Ils mettent en scène des surveillants autoproclamés de parkings qui n’existent pas. Ces individus sont armés de gourdins, d’autres sont flanqués de gros chiens prêts à l’attaque alors que certains font de la « surveillance » de groupe. Des Batnéens affirment même que certains de ces « parkingueurs » accrochent des brassards, présentent aux automobilistes de fausses autorisations quand ils n’impriment pas de faux tickets de stationnement. Dans de nombreuses cités à l’exemple de la cité du Colonel Lotfi, les habitants payent au risque de voir leur véhicule endommagés. Ces «gardiens » n’hésitent pas d’user de la violence et les histoires des victimes sont nombreuses aussi : une ménagère en plein centre-ville, un couple à la cité Zmala, et d’autres encore dans un cadre de vie qui se dégrade, un phénomène qui prend différentes facettes comme de se débarrasser n’importe où des déchets domestiques ou la nuisance sonore par exemple. A ce sujet, les habitants du « quartier de la verdure » ont franchi le pas et décidé de ne plus subir le bruit occasionné par les enceintes de forte puissance installées dans le jardin du quartier. Ces équipement déversent du matin au soir une musique inaudible et à forts décibels à quelques mètres des habitations. Un vrai beuglant qui empêche toute concentration et même toute vie normale dans son propre appartement. Un des habitants de la cité, un père de famille, est allé demander aux propriétaires des enceintes de baisser le son. Il a failli se faire lyncher par tout un groupe. L’incident à fait le tour de la ville, il a été amplifié par les réseaux sociaux et les langues se délient pour signaler toutes sortes d’abus. Comme pris en otages, les habitants de Batna se sentent agressés dans leur vie quotidienne, dans la rue et jusque dans leur propre domicile. Certains se sont regroupés en collectif et ont lancé des appels aux autorités de la wilaya de Batna, plus particulièrement au wali, qu’ils estiment seul capable de répondre à leur doléance.