L’Opep a préféré, hier à Vienne, l’augmentation de sa production au statu quo. Cela implique que tous les scénarios resteront envisageables pour l’avenir du marché pétrolier, y compris une détérioration des cours du brut, c’est ce que craignait d’ailleurs Nordine Aït Laoussine, président de la société de conseils en énergie Nalcosa (basée à Genève).

Celui-ci, dans un entretien accordé à nos confrères de l’APS, a, en effet, estimé que les pays signataires de la « Déclaration de Coopération » de décembre 2016 se trouveront devant un choix difficile: poursuivre, dans l’ordre, leur coopération en matière de restriction de leur production, ou procéder, dans le désordre, à une levée prématurée de ces restrictions. Il dira que le désordre est à craindre pour plusieurs raisons : d’abord parce que l’intention affichée publiquement et unilatéralement par les deux chefs de file, l’Arabie saoudite et la Russie d’augmenter la production du groupe, ne fait pas l’unanimité. Effectivement, l’accord d’hier apparaît comme un passage en force, résultat d’un travail accompli par les Saoudiens et les Russes. Les deux pays poussaient depuis un peu plus d’un mois à un relèvement de la production, c’est maintenant chose faite. Mais, les pays dont la production est relativement faible comme c’est le cas de l’Algérie, n’en seraient pas satisfaits. La décision prise hier dans la capitale viennoise les place en fait face à un dilemme, en ce sens qu’ils veulent engranger des recettes élevées et l’accord d’hier le leur permet, mais la réalité de leur production les trahit. Ce paradoxe, Aït Laoussine le résume en ces mots : de nombreux pays pétroliers ne sont pas en mesure d’augmenter leur niveau de production à court terme.
Par ailleurs, le marché pétrolier qui a, certes, retrouvé son équilibre, suite à la réduction massive des stocks excédentaires depuis janvier 2017, reste très volatile. L’amélioration récente des cours du Brent risque de freiner la croissance de la demande et de booster la production non-Opep concurrente. L’expert entrevoit en outre un scénario pessimiste, expliquant que tous les analystes, y compris ceux du secrétariat de l’Opep, s’attendent d’ailleurs cette année à une baisse de la demande résiduelle de l’Opep nécessaire à l’équilibre du marché, après trois années d’augmentation successives. Et qu’un relèvement de la production pourrait donc entrainer un nouveau fléchissement des cours, ce qui aggraverait la situation financière des pays dont le niveau de production est en déclin. Si cela se produisait de nouveau, cela contribuerait également à la perte de plus d’investissement dans le secteur pétrolier, un élément d’analyse évoqué jeudi dernier à Vienne par le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni.
La main de Trump
et le poids de l’Arabie saoudite
Ce dernier a, en effet, relevé, dans son intervention lors du 7e séminaire international de l’Opep sur l’investissement dans l’industrie pétrolière, la nécessité d’accorder une attention urgente aux investissements pétroliers sans quoi l’équilibre du marché pourrait s’avérer être des plus précaires. M. Guitouni a aussi mis en garde contre un choc d’offre à moyen terme qu’il y a lieu d’éviter afin de sauvegarder les intérêts aussi bien des pays producteurs que des pays consommateurs. Le ministre a également mis l’accent sur l’importance que revêt l’investissement pour les pays producteurs et les compagnies pétrolières, mais également, avec acuité, les consommateurs dont les approvisionnements dépendent des investissements consentis. M. Guitouni a évoqué à ce propos les préjudices de la volatilité des prix du pétrole en rapport avec le déséquilibre des marchés pétroliers et aggravés par la baisse des niveaux d’investissements dans le monde. Tewfik Hasni, consultant en transition énergétique et énergies, dans un entretien également à l’APS, aborde, lui, la question sous l’angle géopolitique, soulignant ainsi que les parts de marché perdus par les pays du Moyen-Orient ont été récupérées par le pétrole de schiste américain. Mais, de son point de vue, lorsqu’ils ont dépassé les 75 dollars, cela a été une ligne rouge inacceptable pour l’économie occidentale, et permettait aux pays considérés par les Etats-Unis comme des ennemis, de se renflouer financièrement. Le président Trump a mis le holà, l’injonction faite à l’Arabie saoudite a été suivie d’effets, selon Hasni, puisque ce pays a annoncé qu’il va augmenter sa production de 1,5 mbj.
Le Président Trump vient de rappeler d’ailleurs cela, à l’attention de la prochaine réunion de l’Opep. L’expert estime du reste que les enjeux de la réunion deviennent marginaux puisque les décisions importantes ont été prises en dehors de l’Opep. Le schiste américain ayant atteint ses limites suite à la saturation des pipes de transport de pétrole, les Etats-Unis ne peuvent plus capter d’autres marché. Ils laissent le soin à l’Arabie saoudite de gérer ses parts de marchés au détriment des autres pays de l’Opep. Les USA interviendront pour les aider s’il le faut. Vous comprenez qu’il n’y a plus d’enjeux à la prochaine discussion. La seule stratégie sera de voir comment on pourrait faire passer le prix d’équilibre de 75 dollars. Il pourraît retomber plus bas si la guerre des prix s’imposait au sein de l’Opep. n