Rien ne va plus au sein du groupe des pays signataires des accords de réduction de l’offre pétrolière datés de décembre 2016. Alors que les producteurs Opep et non-Opep devraient se retrouver le 22 juin à Vienne pour décider de la hausse de la production, certains d’entre eux se sont déjà mis à pomper au-delà de leurs quotas fixés dans le cadre desdits accords. 

C’est le cas de la Russie qui aurait dépassé son objectif de production quotidienne, de 10,95 millions de barils par jour et établi par l’accord de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires, a rapporté l’agence russe Interfax, citant une source ayant connaissance de ces données. Serait-ce le passage en force tant redouté, alors que les consultations autour de la proposition russo-saoudienne, portant sur le relèvement des niveaux de production, ne font que commencer ? Il y a quelques jours, le ministre saoudien de l’Energie, Khaled Al-Falih, avait indiqué que « le retour du pétrole sur le marché doit se faire progressivement. Nous ne le ferons pas rapidement. Cela interviendra probablement au deuxième semestre de cette année ». Aussitôt, Alexandre Novak n’a pas hésité à apporter son soutien : « Si nous arrivons à l’idée commune qu’il est indispensable d’assouplir le niveau (de production, ndlr), cela doit se faire à partir du troisième trimestre ». Après ces propos, les prix du pétrole ont fortement dévissé, reculant d’environ 5 dollars sur les marchés. La Russie aurait donc mis son engagement à exécution avant même que les autres producteurs n’acquiescent au vœu des Saoudiens. En effet, la Russie a produit 11,09 millions de barils par jour sur la première semaine de juin, alors qu’une réunion sur le sujet aura lieu vendredi 22 juin à Vienne. Ce serait ainsi la seconde fracture au sein du groupe des pays signataires des accords de réduction de la production, après les critiques proférées par l’Iran et le Venezuela. Et c’est la cohésion du groupe autour de l’objectif de stabiliser le marché qui risque de voler en éclats. « Entre les États-Unis qui ont augmenté leur activité à un niveau plus vu depuis trois ans et la Russie, l’effort de l’Opep commence à ne plus peser dans la balance », a commenté Fiona Cincotta, analyste chez City Index. Dit autrement, les Américains et les Russes, ainsi que les gros colosses de l’Opep, l’Arabie saoudite en particulier, seraient à l’avenir les seuls bénéficiaires de la décision de relever les niveaux de production, si celle-ci venait d’être validée le 22 juin à Vienne. La Russie et les États-Unis sont deux des trois plus grands producteurs mondiaux, avec l’Arabie saoudite. La hausse des cours du brut sur le marché mondial ont aidé l’industrie américaine du schiste à reprendre du poil de la bête après près de deux années et demie de pertes. Selon la société américaine Baker Hughes, le nombre hebdomadaire de puits de pétrole actifs aux États-Unis, qui donne une indication de la production américaine de brut à venir, a augmenté à 862 unités, leur plus haut niveau depuis 2015. Jamais la production américaine ne s’est aussi bien portée depuis 2014. En tout cas, l’unilatéralisme russo-saoudien et le risque d’un passage en force inquiète plus d’un. Signe de cette crainte que le marché sombre à nouveau dans l’incertitude, l’Irak ne lésine désormais sur aucun mot pour dénoncer l’attitude de certains pays signataires des accords de décembre 2016 et qui se sont mis à relever leurs productions bien au-delà des quotas fixés. Par la voix de son ministre du Pétrole, Jabbar Al-Louaïbi, l’Irak a accusé, hier, d’autres pays pétroliers d’extraire plus de barils que le quota fixé par l’Opep et ses partenaires. « Des producteurs membres ou non de l’Opep n’ont pas respecté les objectifs fixés (…) et le prix du pétrole n’a pas atteint le niveau souhaité », déplore le ministre irakien du Pétrole, Jabbar al-Louaïbi, dans un communiqué. Pour « arriver à un prix équitable et cohérent », ajoute-t-il, « il faut plus de soutien, de stabilité et l’engagement des pays producteurs à l’accord » du début 2017.Même si l’Irak dépassait régulièrement les quotas imposés par l’Opep, le communiqué de Jabbar Al-Louaïbi est symptomatique d’une confusion sans égale au sein de l’Opep, voire d’une vive inquiétude quant aux conséquences d’un relèvement de la production sur le marché et les prix. Le ministre irakien n’a fait que dire tout haut ce que plusieurs membres de l’Opep pensent tout bas.