Dans cet entretien, l’expert dans le domaine automobile, M. Yaddadène, donne son avis sur les récentes décisions contenues dans le projet de loi de finances complémentaire 2018 concernant l’instauration d’une taxe sur les véhicules montés localement.

Pour lui, le retour à une fiscalité est  tout à fait justifié, malheureusement, ce sera le client final qui aura à supporter cette taxe (TVA) avec une répercussion sur les prix qui sont déjà suffisamment élevés.

Reporters : Le projet de loi de finances complémentaire 2018 devrait instaurer une TVA sur les automobiles montées en Algérie, alors que les textes de 2016 et 2017 mettaient au contraire en place une fiscalité attractive. Donc les véhicules devraient coûter encore plus cher. Quel commentaire faites-vous à ce sujet ?
Mohammed Yaddadène : La fiscalité attractive n’a pas profité aux clients et les prix n’ont pas cessé d’évoluer, donc le retour à la fiscalité est  tout à fait justifié dans la situation qui prévaut au niveau des unités de montage dont les importations en kit n’ont pas donné une intégration industrielle conséquente pour favoriser le développement de l’industrie de la sous-traitance. Malheureusement, encore une fois, ce sera le client final qui aura à supporter cette taxe (TVA) avec une répercussion sur les prix qui sont déjà suffisamment élevés.

Autre changement de cap, l’abandon annoncé de la politique de soutien aux usines d’assemblage automobile. Tout cela semble n’être, en effet, que le début du démantèlement de tout l’arsenal d’incitations fiscales accordées à la filière. Qu’en pensez-vous ?
Le soutien ne pouvait pas durer dans le temps, c’est une promotion destinée à encourager les industriels  qui ont investi dans le montage. Comme je le disais, au regard de la situation des prix et du marché, c’est logique de revenir à la réalité des coûts. Ce n’est pas un démantèlement, mais un moyen de revenir à la réalité, car jusqu’à aujourd’hui les avantages consentis aux concessionnaires n’ont pas eu de répercussion sur les prix des véhicules dont la cherté est une réalité subie par les clients algériens. Maintenant, c’est une question de management et de rentabilité de ces projets qui devraient se mettre en conformité avec le cahier des charges en termes d’intégration. Chaque opérateur et sa marque doivent s’atteler à impliquer leurs partenaires fabricants de pièces et accessoires à venir investir en Algérie.

L’industrie automobile naissante en Algérie devrait connaître une petite révolution à la fin de cette année avec l’entrée en service de trois unités de production de produits plats utilisés dans la fabrication de carcasses de véhicules. Qu’en pensez-vous ?
Vous savez, dans les usines de fabrications, la carcasse ou la tôle arrive en rouleau et le massage sous les presses permet de découper toutes les parties devant constituer les éléments à assembler. Si cela se concrétise et que toutes les marques pourront travailler avec, c’est un bonus qui va favoriser l’évolution du taux d’intégration. En attendant que cela se concrétise tout est importé.

En France,  une enquête européenne tend à démontrer une entente entre les constructeurs français Renault et PSA Peugeot Citroën. Les deux groupes auraient ainsi engrangé ensemble 1,5 milliard d’euros au détriment des automobilistes et assureurs en gonflant le prix de pièces de rechange auto. Quel impact sur la réputation des deux constructeurs en Algérie ?
Ce sont des situations qui n’auront aucune incidence sur l’image de ces deux groupes en Algérie, d’autant que ce sont des marques qui ont un lien historique avec les Algériens. Tous les scandales survenus à travers le monde n’ont pas eu des échos sur le plan local. Avec les turbulences du marché, les clients se bousculent pour passer des commandes et souvent avec des délais de livraison conséquents.