Reporters : Vous applaudissez la décision du département du commerce de lever les restrictions aux importations et passer à une politique de taxation des produits achetés à l’étranger. La nouvelle disposition est introduite dans le projet de loi de finances complémentaire 2018 à travers l’institution d’un droit additionnel provisoire de sauvegarde…

Ali-Bey Nasri : Oui, il était temps, car depuis que le ministère du Commerce a pris la décision d’interdire des produits à l’importation, nous n’avons cessé d’interpeller les responsables sur ses effets négatifs et dommageables.
Le dernier responsable à être sollicité a été l’ancien ministre du Commerce Mohamed Bemeradi. Je lui ai expliqué pourquoi il y a lieu d’abandonner cette solution et en quoi elle était contraire aux règlements des accords qui nous lient à l’Union européenne et aux pays de  la  Grande zone arabe de libre échange, la Gzale. Au vu des conséquences de cette décision sur nos relations avec les pays de l’UE et les tensions qu’elle a générées, nous n’avions pas eu tort de le faire.

Le droit additionnel provisoire de sauvegarde était appliqué auparavant, vrai ou faux ?
Vrai ! Le droit additionnel a été appliqué avant 2005 pour protéger la production nationale, mais il a disparu quatre ans après pour des raisons que j’ignore.
Il faut que vous sachiez par ailleurs  que cette solution était l’une des propositions faites par l’Anexal depuis quelques années au gouvernement. Je n’ai pas cessé d’interpeller les différents ministres qui ont pris en main le secteur du commerce sur cette option plus cohérente – taxer est mieux qu’interdire – pour protéger le commerce extérieur de l’Algérie. Tous les pays se protègent avec la fiscalité interne.

Quid des licences d’importation sachant que certains militent pour leur retour ?
Elles sont reconnues et plusieurs pays dans le monde travaillent avec cette procédure pour protéger leur commerce extérieur. L’obligation des licences d’importation dans certaines filières est une mesure de «sauvegarde», car la forte hausse des importations constitue une menace sur la balance des paiements. C’est bien de limiter les importations, afin de protéger certaines filières comme l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire via l’instauration des licences d’importation. Mais on a toujours dit que la licence d’importation n’est pas suffisante. Certes, c’est un moyen pour protéger et réguler certaines filières mais elle ne permettra pas d’encadrer le commerce extérieur ou encore réguler les importations. Par ailleurs, il faut savoir que le système des licences d’importation est un outil admis par l’OMC. Mais pour pouvoir le mettre en oeuvre, il faut prouver un lien de causalité entre l’importation du produit et son impact sur la production nationale, chose que l’Algérie n’arrive pas à faire.

L’Algérie pourrait réduire sa facture à travers un panel de mesures de protection des filières menacées outre les licences d’importation, à l’instar de celles prises par des pays voisins et  de l’Union européenne qui protègent leurs filières agricoles. Quelles sont ces filières ?
Il y a le textile, l’industrie mécanique et l’agro-alimentaire. En parallèle, l’Etat doit encourager les investissements, le transfert des capitaux de la communauté algérienne établie à l’étranger vers le pays, la consommation locale, en dépit des autres mesures incitatives à même de développer l’économie nationale.