Défendu par un bataillon d’avocats, emmené par des ténors du barreau et soutenu par des hauts cadres du FFS et des défenseurs des droits de l’homme et après deux renvois, M. Nourredine Ahmine,

avocat près la Cour de Laghouat et militant des droits de l’homme, poursuivi au motif «d’outrage à un corps constitué» et de «fausses déclarations», a été hier acquitté en cassation par le tribunal criminel de Ghardaïa.
Ils ont promis, lors de la dernière audience du 5 mars, qui a été renvoyée au 28 mai, soit en plein mois de Ramadhan, que rien ne pourra les empêcher d’être toujours solidaires de leur collègue et ami et qu’à chaque report, ils seraient encore plus nombreux. Et ils l’ont fait. Eux, ce sont la trentaine d’avocats solidaires avec Maître Ahmine, 35 exactement, des barreaux d’Alger, de Tizi Ouzou, de Béjaïa, de Sétif, de Skikda, de Constantine, d’Ouargla et de Ghardaïa , emmenés par des ténors du barreau, tels Maîtres Mustapha Bouchachi,  Cherbal Seif El Islam, Noureddine Benissad, président d’une aile de la LADDH, Badi Abdelghani, président du bureau de la LADDH à Alger, Maître Amine Sidhoum, et des jeunes loups du barreau, à l’image de Bakouri Amirouche, du barreau de Béjaïa,  de Mohamed Bouzegza du barreau de Tizi Ouzou et de Tamert Abdelhafid, membre du Conseil de l’Ordre du barreau d’Alger et président de l’Association des jeunes avocats algériens, venus le soutenir et le défendre. Le parti du FFS était représenté en force dans la salle avec Ali Laskri, membre du présidium, Brahim Meziani, sénateur et membre du présidium, Karim Natouri, chargé des droits de l’homme, Madjid  Lemdani,  membre du secrétariat, Ali Derras, membre du secrétariat, et Hamou Mesbah, fédéral du FFS à Ghardaïa et chargé des fédérations du Sud. Il y avait aussi dans la salle, bien en retrait, Farida Oughlissi, chargée des relations extérieures avec les organisations internationales pour les familles des disparus (CNFD) et membre de la Ligue algérienne des droits de l’homme, aile Noureddine  Benissad. En arrivant le matin devant l’imposante Cour de justice à Bouhraoua, sur les hauteurs de la vieille ville de Ghardaïa, la première des choses qui aura attiré l’attention des observateurs c’est le très faible dispositif de sécurité déployé et ce, contrairement aux trois premières audiences, toutes reportées, où il fallait vraiment montrer patte blanche pour y accéder. Ce qui dénotait de l’atmosphère apaisée qu’allait, selon ces premiers prémices, prendre ce procès. Et c’est ainsi qu’il en fut. Il n’y a pas eu comme précédemment des éclats de voix ni de chauds échanges entre la Cour et la défense.
C’est vers 9h30 que le président de séance fait appel à Maître Ahmine pour se présenter à la barre. Une marée noire, constituée d’une trentaine d’avocats, le suit et fait face au juge.  Maître Ahmine, en tenue civil, se présente à la barre face au juge, insistant qu’« aujourd’hui, je suis là devant vous pour être jugé et je confirme, encore une fois, que je suis poursuivi parce que je suis avocat et c’est en tant que tel que vous me jugez aujourd’hui. C’est l’avocat et non le citoyen Noureddine Ahmine que vous jugez ». Appelés à plaider, les avocats se succèdent à la barre.
C’est Maître Noureddine Benissad, président de la LADDH, qui a entamé la première plaidoirie, suivi du jeune et fougueux Amirouche Bakouri, qui a démonté un à un tous les arguments de l’accusation, démontrant ainsi que ce procès est une cabale montée contre leur collègue. Maître Cherbal, dans une émouvante plaidoirie, a rappelé à la Cour qu’il était là, lui, «le frère d’un chahid tombé au champs d’honneur à l’âge de 18 ans, venu dans l’exercice de ses fonctions d’avocat, défendre un avocat fils de chahid, poursuivi dans le cadre de ses fonctions d’avocat ». Tous les avocats qui défilèrent à la barre se déclarèrent à l’unisson solidaires de leur collègue, « prêts à revenir mille fois s’il le fallait et de se déplacer jusqu’au fin fond de l’Algérie pour le soutenir et le défendre, parce qu’ils défendent une cause juste, la même que celle que défend, depuis 25 ans, Maître Noureddine Ahmine, agréée à la Cour suprême depuis 2004 ». Clôturant les plaidoiries, Maître Mustapha Bouchachi, dans une longue diatribe,  a rappelé la genèse de cette affaire qui n’avait pas lieu d’être puisque, selon lui, « le parquet n’a pas vocation à demander à un avocat de présenter les preuves de son innocence ni de divulguer le montant de ses honoraires ». Ajoutant : « Je vous demande, honorable Cour, de ne pas laisser le monde nous regarder comme un pays injuste. Un pays qui ne respecte pas ses engagements internationaux, puisque, comme vous le savez, l’Algérie a ratifié toutes les conventions internationales des droits de l’homme. Que diront-ils demain, si un avocat était condamné pour avoir juste fait son métier ? Non, je compte sur vous pour élever la justice de notre pays à sa juste valeur, sa juste place. Vous le savez tout autant que moi et tout le monde dans cette salle que Maître Noureddine Ahmine, qui a passé sa carrière à défendre tous les opprimés et tous ceux qui vivent el hogra, n’a rien à se reprocher. Bien au contraire, il est fier de son parcours d’avocat et nous sommes fiers de lui et de l’avoir dans nos rangs comme collègue. C’est un homme libre. A vous de le lui confirmer.» Les délibérations n’ont pas duré plus de dix minutes. Revenant dans la salle, le président annonce la confirmation du procès en première instance, à savoir la relaxe pure et simple. A l’énoncé du verdict, un grand soulagement était perceptible tant parmi le collectif d’avocats que des membres du FFS, dont Maître Ahmine est un militant de longue date, mais, apparemment, même de la Cour qui s’est, selon les termes d’un présent, «débarrassée d’un encombrant fardeau d’injustice».