La polémique sur les taxes relatives aux documents biométriques ne s’est pas encore estompée.

Le gouvernement a réagi très rapidement à cette situation. Mais, cela n’y a pas changé grand-chose. C’est le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui avait évoqué ce sujet en premier, son ministre de l’Intérieur en second. Ahmed Ouyahia, faut-il le rappeler, avait dénoncé, il y a quelques jours, des «fuites organisées» sur l’avant-projet de loi de finances complémentaire pour l’année 2018. Il s’agit de fuites destinées, selon lui, à alimenter «la spéculation et, parfois même, les fausses informations» sur les nouveaux tarifs de délivrance des documents électroniques.
Le ministre de l’Intérieur a déclaré, lui, que les nouvelles taxes en question sont toujours à l’étude au gouvernement et qu’il ne s’agit, en définitive, que de propositions. Il a ajouté que les nouveaux tarifs de délivrance de documents biométriques sécurisés sont toujours au stade d’étude de comparaison avec les expériences des autres pays. Précisant que son département s’attelle à la présentation de toutes ces données et à l’examen de l’ensemble des propositions en collaboration avec le ministère des Finances au niveau du gouvernement. En résumé, rien n’a encore été définitivement décidé, tranché, à en croire le ministre de l’Intérieur. Cependant, un acteur majeur, en l’occurrence le ministère des Finances, se garde, lui, de s’engager dans cette polémique. Il observe, dit-on, un silence très gênant et refuse de réagir. Normal, c’est lui qui détient les cordons de la bourse.
Et il ne semble pas avoir l’intention de les délier en ces temps de crise. Il a besoin de ressources pour renflouer les caisses de l’Etat. Et les taxes à controverse font partie des ressources qu’il cherche. Pourtant, le gouvernement aurait pu, dit-on, faire l’économie de cette polémique en exploitant d’importants gisements fiscaux en jachère actuellement. Cette piste est d’autant plus intéressante – et le ministre des Finances n’en disconvient pas – qu’elle permet à l’Exécutif d’éviter de piocher dans la poche des ménages. Le ministre des Finances sait que les taxes en question sont tellement excessives qu’elles auront des répercussions sur le pouvoir d’achat des contribuables à faible ou moyen revenus. Malheureusement, le ministre des Finances se trouve complètement à court d’idées quand il s’agit de niches fiscales dormantes et dont une grosse partie est en lien avec le commerce informel, activant dans des zones de non-droit, qui n’est assujetti à aucun impôt, mais qui génère énormément d’argent. La masse monétaire circulant dans l’économie jusqu’au 31 décembre 2017 était de 4 780 milliards de dinars, déclarait, fin 2017, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal.
Et selon lui, sur les 4 780 milliards de dinars, «entre 1 500 et 2 000 milliards de dinars sont en dehors du circuit bancaire, thésaurisés chez les privés et/ou opérateurs économiques. D’où l’importance d’introduire cet argent dans le circuit bancaire». Mohamed Loukal avait aussi indiqué que «la masse monétaire hors du circuit bancaire a connu une baisse de 105 milliards de dinars en un mois (décembre 2017)». Il avait expliqué cette baisse par l’instruction prise de la Banque d’Algérie, en octobre 2017, concernant la domiciliation bancaire des importations destinées à la vente en l’état.