Abderrazak Guessoum, président de l’Association des oulémas algériens, a affirmé hier qu’il était temps de créer une institution de référence pour la fatwa. Ce qu’il souhaiterait, c’est de voir la fatwa reposer sur une institution plutôt que sur un mufti de la République.

  Ce conseil traitera des questions religieuses dans différents domaines, politiques, médicinales ou autres. M. Guessoum, qui animait un forum organisé par le journal le « Courrier d’Algérie », a ajouté que « ce conseil doit être composé de juristes – fouqaha – spécialistes de la Charia mais aussi d’experts en sociologie ainsi que d’autres domaines. Il doit étendre ses jugements sur tout le monde, y compris sur les politiques s’ils commettent des erreurs », ajoute le président de l’Association. Au-delà de cette question capitale qu’est la mise en place d’une autorité unique habilitée à émettre des fatwas, M. Guessoum a été interpellé sur plusieurs sujets d’actualité qui ont fait la polémique, notamment la plus récente qui a opposé, sur la durée du jeûne, le spécialiste en astronomie Loth Bonatiro au ministre des Affaires religieuses et des Wakfs Mohamed Aïssa. A ce propos, il dira que « nous respectons Bonatiro, mais nous allons organiser prochainement une conférence sur les «timings religieux » pour le jeûne et les prières et pour laquelle nous allons inviter les gens du domaine, à l’instar des astronomes et des spécialistes du fiqh ». Autre polémique, celle entre l’Association qu’il préside et le prédicateur salafiste Ferkous. « Il était impossible de se taire sur ce que dit ce prédicateur. Il nie tous les bons concepts de l’Islam sunnite. Si les vrais intellectuels et prédicateurs de l’Islam, comme ceux qui sont dans l’association, avaient été soutenus dans leur travail, il n’y aurait pas eu ce vide sur la scène religieuse ». « Il n’y a qu’un seul Islam mais ce sont les interprétations qui sont multiples», dit-il, non sans rappeler que « les Algériens étaient  musulmans malékites ».
Pour le même intervenant, « la présence des courants madkhalite et wahhabite dans notre pays peut s’expliquer par trois facteurs : le vide qui existe sur la scène religieuse, l’absence du rôle que devraient jouer les universités, dont les responsables pouvaient intégrer des cours de culture islamique, et enfin, les tentations matérielles et l’attribution de omras. Malgré tout cela, ce courant commence à se rétrécir grâce au travail fait par les intellectuels dévoués de l’Islam ». Le président de la même association s’est plaint aussi du fait que la structure qu’il dirige « n’a pas pu avoir un siège adéquat » pour exercer ses activités, tout en trouvant « injuste aussi qu’elle ne bénéficie pas de l’argent public » attribué par les pouvoirs publics dans le cadre des lois en vigueur. Enfin, Abderrazak Guessoumn a prôné «l’éloignement de l’Ecole algérienne des divergences idéologiques au bénéfice de la science, de la pédagogie ainsi que des valeurs humaines ».