Les relations économiques et commerciales entre l’Algérie et l‘Union européenne (UE) sont-elles en train d’errer sans but dans le brouillard ? Non, répondent des spécialistes reconnus.

Ces derniers affirment que les deux parties se le disent en privé : « Il y a effectivement crise dans le multilatéral, mais, il y a toujours moyen de la résorber sans remettre en cause les fondements de l’accord d’association qui les lie ». Européens et Algériens font tout  pour mieux protéger les intérêts qui sont les leurs. La preuve, Alger, dans un geste d’apaisement, aura élaboré une loi de finances complémentaire pour 2018 inscrite dans une logique relativement dépensière. Certes, elle y institue des taxes haussières sur certaines importations. Mais, dans une situation de crise, de telles mesures restrictives cesseraient  d’être considérées comme un obstacle pour devenir une pratique normale, ou du moins un mal nécessaire ou toléré. En décrypté, cela veut dire que désormais, l’Algérie ne va pas brider les importations, mais y imposer des taxes, fussent-elles élevées. Elle tentera ainsi de faire d’une pierre deux coups : laisser circuler le flux des marchandises en provenance de l’UE et engranger des bénéfices, produits des taxes. C’est plus cohérent et plus efficace. Ainsi, et après coup, le pays semble retourner à la conscience, ne souhaitant pas se contenter de couper les coûts, et attendre que l’orage provoqué par la crise passe. Avant la crise, tout, ou presque,  baignait  dans l’huile. Les relations politiques, économiques et commerciales étaient  au beau fixe, comme le rappellent les  différents rapports de l’UE. En effet, dans un document sur l’état d’avancement des relations UE-Algérie, publié  par le Conseil d’association UE-Algérie à Bruxelles, l’Exécutif européen a souligné que le gouvernement algérien avait « réussi à maintenir » des taux de croissance relativement élevés -moyenne de croissance de 3,6% entre 2014 et 2016- grâce au maintien des niveaux de dépenses publiques depuis le début du choc pétrolier. La Commission européenne a fait, elle,  remarquer, dans son rapport, que le niveau de dette publique reste bas au regard des standards internationaux avec une estimation du ratio dette publique-PIB de 17,7% pour 2017, dont la dette publique extérieure est négligeable. Selon l’Exécutif européen, malgré la diminution accélérée des réserves en devises de l’Algérie -le niveau des réserves de change officielles a chuté de 194 milliards de dollars américains fin décembre 2013 à moins de 100 milliards à la fin de 2017- «le niveau actuel reste substantiel ». Evoquant la série de mesures provisoires prises par l’Algérie pour réduire ses importations en raison de difficultés financières, la Commission européenne a confirmé que ces dernières « ont fait l’objet d’un échange de correspondance» entre la commissaire au commerce et la haute représentante de la Commission européenne et leurs homologues algériens, le ministre du Commerce et le ministre des Affaires étrangères.  L’UE et l’Algérie sont liées par un accord d’association entré en vigueur en septembre 2005. A la demande de l’Algérie, les deux parties ont procédé à une évaluation conjointe de l’Accord en 2016 et produit une série de recommandations pour améliorer sa mise en œuvre. En outre, la participation de l’Algérie à la révision, en novembre 2015, de la Politique européenne de voisinage a permis aux deux parties de se doter d’un cadre politique renforcé pour orienter leur relation bilatérale pendant la période 2018-2020. L’Algérie et l’UE ont agréé, en décembre 2016, les éléments constitutifs de leurs «priorités de partenariat», qui ont été  adoptées par le Conseil d’association UE-Algérie en mars 2017. L’Algérie deviendra ainsi le premier partenaire de l’UE dans la région à conclure un tel document. Ce nouveau cadre s’inscrit dans le droit fil de la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne, présentée en juin 2016 par la Haute-représentante/vice-présidente. Le présent rapport couvre les secteurs d’intérêt mutuel tels qu’identifiés dans lesdites « priorités de partenariat ». Le rapport est dressé une fois par an.F. M.