Tout s’ébranle et se couvre de deuil. Après le crash de l’avion de l’Armée de l’air algérienne, le plus grave de toute l’histoire du pays, hier, l’Algérie est dans l’affliction. Une douleur sans bornes.

Mais elle est aussi dans la question : qu’est-il arrivé pour que cet avion de transport, un Iliouchine, se soit écrasé, alors qu’il venait à peine de décoller de l’aéroport militaire de Boufarik ? Une interrogation qui dissimule plusieurs autres et à laquelle seul le rapport d’enquête à mener fournira sans doute une réponse. Le bilan, lui, est lourd, très lourd, au point que le chef de l’Etat a décrété un deuil national de trois jours et que les condoléances ont afflué des quatre coins de la planète. Dans le crash, 257 personnes entre civils et militaires ont péri, laissant derrière elles des familles, des proches et un pays assombri par le malheur. Un impact qui laissera des traces profondes pendant longtemps. Retour sur les évènements. C’est vers 07h50 que l’appareil de type Iliouchine II-76, à destination de Tindouf via Béchar, s’est écrasé dans un champ. Il venait à peine de décoller de la base aérienne de Boufarik pour se crasher quelques minutes après. La suite, on la connaît. Les victimes sont les dix membres d’équipage et 247 passagers « dont la plupart sont des personnels de l’Armée nationale populaire ainsi que des membres de leurs familles », selon le communiqué du ministère de la Défense (MDN). L’évacuation des dépouilles s’est effectuée vers l’hôpital central de l’Armée d’Aïn Naâdja tandis que l’opération d’identification s’est poursuivie, a ajouté la même source, indiquant que « de plus amples détails» qui entourent cette tragédie «seront communiqués ultérieurement».
Vers 10h25 minutes, un autre communiqué du MDN indiquait que le vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), le général de corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, s’est déplacé sur le lieu du crash. Le général de corps d’Armée, selon le même communiqué, «a interrompu sa visite d’inspection dans la 2e Région militaire» pour (…) «prendre les mesures nécessaires » (…) et « a ordonné la désignation immédiate d’une commission d’enquête afin de déterminer les circonstances de l’accident ». D’après les indications que nous sommes parvenus à recueillir, hier, en fin de journée, l’équipage avait été renforcé pour la conduite du vol Boufarik-Béchar-Tindouf. Au lieu de sept, ils étaient 10 membres à bord de l’Iliouchine. Parmi eux figurent notamment le commandant de bord Ismaïl Doussen, son co-copilote Seddiki ainsi que le mécanicien de bord, Raouf Farouki.

Un équipage chevronné
Des pilotes qui ont chacun plus de 20 ans de carrière au compteur, avec des états de service impeccables, nous a-t-on affirmé de bonne source. La liste officielle des victimes devrait être communiquée par le MDN dans les heures qui viennent.
Peu après le crash, et c’est une scène qui fera sans doute débat, du fait que la base aérienne, un site sensible, a vu durant ces dernières années le tissu urbain l’encercler massivement et inéluctablement, une foule importante de personnes a accouru vers les débris de l’appareil, donnant cours à toutes sortes de déclarations et de témoignages repris en boucle par des chaînes de télévision privées. Certains ont affirmé que l’équipage, par réflexe d’héroïsme, a tout fait pour que l’appareil ne s’abîme pas sur l’autoroute extrêmement fréquentée dans le sens Alger-Blida et inversement. Peu après, des membres du personnel militaire ont établi un périmètre de sécurité afin de protéger le site de toute intrusion susceptible de gêner les équipes de secouristes ainsi que les premiers enquêteurs dépêchés sur les lieux. Sur place, on a constaté que des centaines d’ambulances et des dizaines de véhicules de pompiers, sirènes hurlantes, ont convergé vers l’épave d’où s’élevait une épaisse fumée noire.
Les services de la Gendarmerie nationale ont procédé à la déviation de la circulation routière, à partir de l’entrée sud de la capitale, précisément au niveau de l’échangeur Oued El Kerma (Gué de Constantine), vers celui de Dar El Beïda, en vue de faciliter la circulation des ambulances, provenant de Blida et transportant les victimes vers l’hôpital d’Aïn Naâdja. L’avion qui s’est abîmé est un Iliouchine IL-76, un quadriréacteur civil ou militaire de fabrication soviétique puis russe. Le chiffre «76 » fait référence à la date de la mise en service de l’appareil, largement utilisé dans le monde pour le transport civil, particulièrement en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Cette catastrophe est la plus grave de l’histoire de l’Algérie et est classée, a-t-on appris, au 4e rang des plus grands accidents aériens au regard du nombre de victimes. «Toutes les pistes possibles de l’accident sont examinées », ont annoncé hier de bonnes sources. Certaines avancent cependant la thèse d’une « défaillance technique qui reste à prouver ».