Faute de pouvoir philosopher à l’intérieur du centre universitaire de Tipasa, les animateurs de l’Association Algérienne des études philosophiques (AAEP) ont fait, contre mauvaise fortune bon cœur, en organisant leur rencontre dans la salle de conférences du centre de vacances de la Munatec.

Les philosophes en herbe composés de lycéens, d’étudiants et d’autres personnes de la société civile étaient au rendez-vous pour discuter, durant la journée de jeudi, du thème proposé à savoir « la pensée créative dans la vie » animé par les membres de l’AAEP, en présence de spécialistes français, marocains, tunisiens et algériens. Le rendez-vous de Tipasa organisé à l’initiative de Malika Bendouda, enseignante universitaire et présidente du bureau de l’AAEP de Tipasa, a été préparé dans le sillage des autres rencontres qui ont eu lieu, la semaine dernière, au niveau de Ghardaïa, Laghouat et Bou Saâda. L’objectif de ces rencontres est d’inciter les jeunes lycéens, universitaires et enseignants à débattre d’une manière profonde des thèmes liés à la pensée créative dans la vie, et ce, dans une perspective de construction et de renforcement de la culture de la paix.  Des enseignantes et expertes internationales de la Commission européenne, Marie-Laure Dupin et Danièle Dupin, ont fait partie de la rencontre de Tipasa en répondant à l’invitation de l’AAEP (Association algérienne des études philosophiques) pour animer la discussion sur le thème de «La pensée créative dans la vie». Ces présentations ont été suivies d’une discussion avec les participants présents dans la salle de conférences du centre de vacances de la Munatec de Tipasa, dernière étape du séjour des universitaires français. Le thème a été abordé sous toutes ses coutures, à savoir l’ouverture sur le monde extérieur, la maîtrise de l’oralité, la résolution des conflits, le développement de l’éducation citoyenne, l’apprentissage de l’écoute de l’autre, sans perdre de vue le sens critique et créatif. Autrement dit, il fallait s’interroger sur comment organiser le débat de sorte à créer des citoyens éclairés au sein de leur société. « Pour être créatif, il faut, avant tout, ressentir l’insatisfaction, s’y arrêter, prendre conscience de l’obstacle et accepter de s’y frotter. À partir de là naît une idée, à travailler pour élaborer une réflexion. Un véritable travail de transformation de la pensée se construit, alors, en se détachant de ses convictions habituelles, tout autant que du discours dominant et en nourrissant une pensée décalée, originale. La pensée créative est ce processus de génération d’idées nouvelles ».
L’objectif de l’AAEP, à travers ces rencontres, est « d’œuvrer à ancrer la philosophie dans la vie culturelle en général et à créer des outils de critique au sein des espaces du savoir et de culture… c’est une semence qui exige un labeur et une assiduité continue ». Depuis sa création, l’association a organisé de nombreuses rencontres sur divers sujets et visité plusieurs universités à l’exemple d’Alger, Oran, Constantine, Sétif, Tizi-Ouzou, Bouira, sans oublier Ghardaïa, Bou Saâda, Laghouat et Tiaret pour ne citer que celles-là. Pour les animateurs, « la discussion philosophique n’est ni un cours de philo, ni un débat où les participants défendent leurs opinions et argumentent pour convaincre les autres, où l’on établit qui a tort et qui a raison. Elle est une invitation à dépasser la simple opinion, à interroger les évidences et construire ses idées dans l’échange avec les autres ». Véritable laboratoire de la pensée, la discussion philosophique « préconise une démarche qui n’est pas imposée, la question émane des préoccupations croisées des participants suite à un choix collectif. L’animateur crée les conditions de l’émergence de cette question en proposant une activité, une mise en situation, voire même une expérimentation qui constitue l’objet commun. Le groupe se construit à partir de cet intérêt commun qui engage la mise en chantier collective de la pensée. L’animateur n’a pas de messages à transmettre, n’oriente pas le contenu des échanges, mais garantit la rigueur intellectuelle de la discussion. Celle-ci interroge sur le « Comment savons-nous ce que nous savons » ? « Comment notre pensée s’élabore-t-elle » ? Autrement dit, il s’agit de tester les idées et d’envisager un problème collectivement et, surtout, sous différents angles ». Pour se mettre dans l’ambiance de ces rencontres qui auraient gagné à être plus médiatisées, nous finirons par cette phrase d’un animateur de ces rencontres philosophiques qui dit que «les grandes idées provoquent une réaction physique, elles ont le pouvoir de frapper dans l’estomac, de donner la chair de poule, de faire sourire, rire aux éclats ou fondre en larmes. Les grandes idées sont obsédantes, elles passionnent et habitent, elles imposent à agir…. » A méditer…