Le plus vieil hôtel de la région et le premier hôtel transatlantique El-Hoggar, construit en 1920, a été détruit, mardi, par les services de l’APC de Touggourt en application d’un arrêté du P/APC datant de 2012.

Inutile de citer la longue liste des actes de vandalisme perpétrés sur le patrimoine monumental historique dans cette région. La destruction, de l’hôtel El-Hoggar, soudainement honni, est sans aucun doute l’acte le plus grave et le plus indignant. Cet état de fait reflète la passivité des habitants, d’une part, et d’autre part, l’insouciance des responsables du secteur à tous les niveaux. Le dernier puzzle de l’histoire et de l’identité de la capitale d’Oued Righ, après Ksar Mestaoua et l’école El Falah, a été, en une fraction de seconde, enterré sous les décombres. Une grande partie de ce vestige a été démoli sans que personne n’intervienne effaçant ainsi toute trace de l’histoire locale devant l’insouciance flagrante des responsables et l’immobilité des habitants. Ce patrimoine, architecture coloniale qui atteste d’un passé rayonnant, implanté sur une superficie d’environ 1200 m2 en plein centre-ville de Touggourt, est le premier hôtel transatlantique, construit en 1920-1921 par la Compagnie générale transatlantique (CGT), dans le cadre de la promotion du tourisme en Afrique du Nord, Maroc-Algérie-Tunisie. La présidente de l’association Thajemaâth a dénoncé cet acte qu’elle a qualifié d’illégal et d’indigne. La destruction de ce lieu historique dont la construction remontait au début du siècle dernier, est une atteinte grave à l’encontre d’un patrimoine matériel, témoin d’une partie précieuse de l’histoire de la ville, dit cette présidente. Mme Souad Selami, architecte et présidente de l’association Thajmaâth pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine historique de la ville de Touggourt, a exprimé son désarroi face à cet acte irresponsable de la part des autorités locales. Selon son message posté sur la page facebook de l’association, l’APC de Touggourt serait entièrement responsable de la destruction de ce lieu historique (ex-Transat1) suivi d’un autre message dans le même espace où elle accuse un bilan catastrophique des atteintes sur le patrimoine local. Ce qu’elle considère comme une récolte culturelle « désolante » pour la ville de Touggourt. « En moins de six mois, ils ont annulé l’étude préalable relative à la préservation et la mise en valeur du Ksar de Mestaoua, le projet de restauration de l’école coranique El Falah et ont fini avec la démolition d’une grande partie de l’hôtel El-Hoggar (ex-Transat 1) situé dans la zone protégée de la Grande mosquée », rappelle-t-elle. « L’APC de Touggourt, secrétariat général et services techniques ont prouvé, sans équivoque, qu’ils ne sont pas qualifiés et totalement incapables de gérer le dossier de la culture de la ville de Touggourt, riche par son histoire, dont l’absence frappante de la direction de la culture d’Ouargla », a ajouté Mme Selami dans un autre message. Elle affirme, dans un entretien jeudi dernier, que l’hôtel El-Hoggar se situe à l’intérieur du périmètre de protection du Ksar de Touggourt, il est donc considéré comme patrimoine protégé par loi. Ce qui n’a pas été respecté par les autorités locales puisque l’hôtel a été cédé, il y a quelques années, à un particulier dans le cadre de cession puis vendu d’une personne a une autre. Le dernier propriétaire a bénéficié d’un acte de démolition qui date de mars 2012. C’est-à-dire dépassant le délai de validité de l’acte qui est fixé à 5 ans par les lois de l’urbanisme, explique Selami. Ce même bâtiment, affirme-t-elle, n’est pas classé mais il se trouve dans la zone de protection de la Grande mosquée de Touggourt. C’est-à-dire que le permis de démolir doit être soumis impérativement à l’autorisation du ministère de la Culture (loi 98-04), ce qui n’a pas été fait par l’APC de Touggourt. Malgré que cet arrêté soit réputé caduc depuis deux ans, puisque la démolition n’est pas intervenue avant cinq ans, le nouveau P/APC a donné l’ordre de l’appliquer.  «Ils ont arrêté la destruction suite à l’insistance de l’association. C’est seulement aujourd’hui que le nouveau président de l’APC semble s’intéresser à ce dossier ! Nous avons écrit depuis trois mois aux ministères de la Culture et du Tourisme au sujet de cet arrêté de démolition mais… aucune réponse ne nous est parvenue à ce jour », s’exclame-t-elle. Pour la direction de la culture d’Ouargla, dans un entretien précédent, la préservation et la protection du patrimoine matériel historique sont la responsabilité de la wilaya, l’APC et la police de l’urbanisme. Pour le directeur de la culture, sa structure ne dispose pas de moyens ni d’outils d’intervention directe sur terrain pour stopper et protéger les atteintes sur les lieux. Des rapports sont établis périodiquement et sont émis au wali et au ministère de tutelle, dit-il. Eux seuls, à travers les forces publiques, peuvent imposer le respect de la loi et arrêter les atteintes sur les lieux historiques protégés. Quant à l’association Thajmaath, ses actions ont dépassé la phase d’indignation. Elle a mobilisé tous les efforts pour faire face à ce qu’elle considère un plan systématique visant l’effacement de toutes traces de l’histoire de la ville. L’association a intensifié notamment ses effort pour convaincre les habitants, premièrement, de la nécessité de bouger à travers une campagne sur les réseaux sociaux pour pousser l’APC et l’actuel propriétaire de suspendre la démolition et de retourner à la table des négociations afin de trouver des solutions pour la protection des monuments historiques de Touggourt.