Alors que l’ultimatum accordé par le ministère de l’Emploi et du Travail aux organisations syndicales en vue de prouver leur représentativité, à travers une adhésion d’au moins 20% des travailleurs, a expiré hier soir, ces dernières ont organisé une rencontre pour débattre de la question en invitant l’expert en relation de travail et syndicaliste Noureddine Bouderba.

Il explique pourquoi le travail syndical en Algérie est soumis à de nombreuses entraves, notamment pour ce qui est du volet juridique. Il croit aussi que les dispositions prises par la tutelle pour obliger les syndicats à fournir des informations concernant leur représentativité, avant le 31 mars, sont une  opération à caractère purement «politique qui vise à entraver l’action des syndicats autonomes ». «La représentativité dans le monde syndical est basée sur les cartes d’adhérents», alors que «les choses ne doivent pas être vues de la sorte», a indiqué l’expert en relations du travail et syndicaliste, lors d’une conférence animée, hier, au siège de l’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef), à l’invitation de l’Intersyndicale. Pour M. Bouderba, le nombre d’adhérents dans des syndicats en Algérie n’est que de «1,1 million de travailleurs». C’est-à-dire un nombre démentant «2,4 millions évoqués par la centrale syndicale». Or, ces 1,1 million d’adhérents ne représentent qu’un peu plus de 9 % de la population active, dont près de 17% se trouvent  dans les zones urbaines, précise-t-il. «Par rapport au nombre global des salariés, ces mêmes adhérents ne représentent  qu’environ 14%», poursuit le conférencier. Pour justifier la difficulté d’étendre la représentativité syndicale dans notre pays, il note que 97% des 930 000 entreprises économiques recensées par l’Office national des statistiques (ONS) emploient chacune  moins de
10 personnes. «Ce qui ne permet pas d’étendre la représentativité syndicale, sachant qu’il faut au moins 20 personnes dans une entreprise pour pouvoir y créer un syndicat.»
Les normes de la représentativité syndicale ont aussi fait l’objet de critiques dans l’intervention de M. Bouderba, qui affirme que «pour pouvoir participer à un comité participatif d’une entreprise,  la réglementation prévoit que le syndicat doit couvrir au moins 20 % des travailleurs existants, alors qu’en France, par exemple, il suffit d’avoir 2 adhérents». L’expert en relations de travail s’est étonné de la mise en demeure de cette dernière faite aux structures syndicales et des détails exigés par la tutelle en matière d’informations, notamment «les dates de naissance, la nature des postes de travail, les dates d’adhésion ainsi que les numéros d’affiliation à la Sécurité sociale pour les adhérents», a-t-il énuméré, pour dénoncer cette procédure, alors  que «de nombreuses sections syndicales affiliées à l’UGTA n’ont pas fourni ces données de représentativité».
En conclusion de son intervention, l’invité de l’Intersyndicale dira que «cette opération a un caractère politique qui vise à entraver l’action des syndicats autonomes parce qu’ils sont des syndicats revendicatifs». Une approche largement partagée par les responsables des syndicats autonomes présents hier au siège de l’Unpef.