Le 59e anniversaire de la mort du colonel Amirouche a été célébré, hier, dans son village natal, Tassaft Ouguemoun, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de la wilaya de Tizi Ouzou, à l’initiative de la fondation qui porte le nom du chef de la wilaya III historique, l’APC d’Iboudrarene et le comité de village Tassaft Ouguemoun.

La célébration aux allures festives qui s’est déroulée en présence de nombreux citoyens anonymes, d’anciens maquisards, des autorités civiles et militaires de la wilaya de Tizi Ouzou et du ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, a donné lieu à des échanges qui, pour le moins qu’on puisse dire, n’ont pas manqué de piquant. Et il ne peut pas en être autrement quand l’un des intervenants n’est autre que le fils du colonel Amirouche, connu pour son franc parler et ses réparties qui ne craignent pas d’être polémiques.
Nordine Ait Hamouda avancera d’emblée des faits étroitement liés à l’histoire et au commandement du colonel Amirouche. Nordine Ait Hamouda évoquera la situation des maquis de la révolution, consécutivement à l’épisode du départ du chef de la wilaya III pour la Tunisie. «La wilaya perdra 8 000 combattants deux mois après le déclenchement de l’opération Jumelle, alors que le total des maquisards était de 12 000 avant cette date», avancera le député indépendant qui, au passage, rendra hommage aux femmes qui ont contribué à l’effort du combat libérateur. Autre sujet polémique, «la séquestration» des dépouilles des colonels Si lhaoues et Amirouche suite à leur déterrement et leur transfert de Boussaâda à Alger. «Même l’armée française n’a pas infligé le sort que le colonel Amirouche a subi après l’indépendance», accusera-t-il. «Après avoir déterré sa dépouille à Boussaâda, Boumédiene l’a emprisonné dans une caserne de la gendarmerie jusqu’en 1983. Hitler n’a pas été capable d’un tel acte !», s’indignera le fils du colonel Amirouche qui invitera à écrire l’histoire du colonel depuis le début de son combat jusqu’à l’épisode de son déterrement et de ce qu’il appelle «son emprisonnement» dans une caserne de la gendarmerie. «L’histoire ne doit pas être saucissonnée, elle doit être écrite. Il ne faut pas prendre ses bons côtés et escamoter ses sombres épisodes», soutiendra Ait Hamouda qui dit profiter de la présence du ministre des Moudjahidine pour attirer l’attention «sur l’histoire qu’on apprend à nos enfants. Il y a des faits erronés», estimera-t-il, jugeant «inadmissible de glorifier Okba ibn Nafa et d’oublier Koceila le résistant algérien». «Tant qu’on n’aura pas une vision apaisée de l’histoire nationale, il y aura des Algériens qui douteront de leur histoire et de leur identité.
Nous, on sait qui on est et d’où on vient», martèlera-t-il. Et à Tayeb Zitouni, qui évoquera le thème de l’histoire, de rétorquer : «Il n’y aura ni tabous ni lignes rouges dans l’écriture de l’histoire. Le respect des constantes nationales en sont les seules limites», précisera le ministre des Moudjahidine qui a essayé de restituer le sens des valeurs défendues par le colonel Amirouche. Il plaidera pour que ces valeurs soient prises comme exemple pour le présent. Il évoquera, dans ce sens, les valeurs de solidarité et d’unité nationale symbolisées par le colonel Amirouche. «Le 59e anniversaire de la mort du colonel n’est pas célébré seulement dans son village natal mais sur l’ensemble du territoire national», dira Tayeb Zitouni. «Les valeurs défendues par le colonel Amirouche doivent constituer des repères pour le présent et l’avenir de la nation. Ces valeurs constituent une réponse pour tous ceux qui sèment le doute sur l’état du pays et son unité», assénera le ministre. Tahar Bouzeghoub, ancien maquisard et officier de l’ALN de la wilaya Une historique (Aurès), livrera un témoignage vivant sur le colonel Amirouche, qu’il dit avoir croisé lorsque ce dernier est venu en mission dans les maquis de cette région dont les dirigeants étaient alors en conflit. «Grâce à son charisme, Amirouche a pu aplanir le différend qui opposait les combattants des Aurès», témoignera le vieux maquisard. Estimant que le colonel Amirouche n’est pas seulement «un chef de guerre et stratège militaire. Il était aussi un homme d’Etat visionnaire qui se projetait dans l’avenir», rappelant que le chef de la wilaya III historique a été le premier chef de la révolution à envoyer des jeunes pour étudier en Tunisie et dans d’autres pays, «il a ainsi préparé les futures élites qui dirigeront le pays après l’indépendance».
A souligner que suite aux critiques faites par la société civile sur la mauvaise conception de la statue érigée à l’effigie du colonel Amirouche au lieudit «La tranchée», à l’entrée de la daïra d’Ath Yenni, qui a été inaugurée à l’occasion du 55e anniversaire de la mort de ce révolutionnaire (28 mars 2014), le ministre a annoncé solennellement le changement de cette statue incessamment. « Ils me reprochent d’avoir désarmé Amirouche, alors je procèderai incessamment au changement de cette statue », a-t-il conclu.