Quelque 109 millions d’électeurs russes se rendent aujourd’hui aux urnes pour désigner leur nouveau président. Ils devront choisir entre le chef de l’Etat sortant, Vladimir Poutine, et sept autres candidats. Sauf énorme surprise, l’homme fort actuel du Kremlin devrait être élu pour un quatrième mandat et garder le pouvoir jusqu’en 2024.

Selon les sondages effectués, il devrait recueillir 69% des intentions de vote. Selon les dernières prévisions effectuées hier par l’institut russe VTsIOM, cité par l’AFP, résultat d’une étude d’opinion réalisée entre le 5 et le 9 mars, les concurrents du président sortant enregistrent des scores de 7-8 % pour le candidat du Parti communiste russe Pavel Groudinine, 5-6 % pour l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski, 1-2 % pour la journaliste libérale Ksenia Sobtchak, et environ 1% pour le vétéran libéral Grigori Iavlinski et le nationaliste Sergueï Babourine. Les scores de l’homme d’affaires Boris Titov et d’un autre candidat communiste, Maxime Souraïkine, sont proches de zéro. Déclaré inéligible jusqu’en 2024, le principal opposant au Kremlin Alexeï Navalny a appelé à plusieurs reprises les électeurs à boycotter le scrutin. Mais son initiative a toutes les chances d’être un flop. Selon l’institut VTsIOM, la participation pourrait se situer entre 63 et 67% des électeurs inscrits, alors que près de trois électeurs russes interrogés sur quatre (74%) se sont dits « définitivement prêts » à participer au scrutin. Seuls 4% faisant part de leur refus «catégorique» de participer à cette élection, signe selon lequel qu’en dépit des difficultés économiques auxquelles il est sérieusement confronté depuis plusieurs années, le président sortant dispose d’une véritable et légitime aura politique dans son pays. Cela, malgré les contraintes économiques auxquelles il fait face. Quand il était Premier ministre de l’ex-président Dmitri Medvedev, Vladimir Poutine avait fait campagne en promettant d’améliorer le quotidien des Russes. Il a réussi à améliorer les fondamentaux de l’économie du pays après la crise et le chaos des années 1990 qui l’ont affectés avant son arrivée aux affaires, mais au final, son dernier mandat a été marqué par une récession et une baisse du niveau de vie de 20 % par rapport à 2014. Le nombre de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté est passé de 15,5 millions en 2013 à 20 millions en 2017, notamment en raison du choc subi par les cours pétroliers – une donnée qu’on retrouve pratiquement dans tous les pays exportateurs de brut. Mais le tableau est moins sombre qu’on le croit dans une Russie où le taux de chômage en 2018 reste inférieur à 5%. Cependant, la souveraineté économique du pays reste sérieusement menacée ; d’autant plus que, si le président sortant Poutine est conforté sur ses terres russes avec la réputation d’être l’homme de la situation, il est nettement moins à l’aise sur la scène internationale où il joue une partie déterminante de l’influence géopolitique de son pays.

Une scène internationale redoutable à son flanc occidental
La crise politique et diplomatique qui oppose Moscou au Royaume-Uni depuis le 6 mars et l’éclatement de l’affaire de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal le montrent bien. Selon Gazeta.ru, hier, les relations entre la Russie et l’Occident sont au niveau « le plus toxique depuis la fin de la Seconde guerre mondiale » et « l’affaire Skripal peut les empoisonner davantage ». Ces relations peuvent en effet se dégrader davantage et prendre une tournure économique et se transformer en boycott occidental de la Russie à la veille de son Mondial de football. Et si l’affaire Skripal n’a pas livré tous ses mystères, il est certain que l’affrontement entre la Russie et les puissances occidentales, les Etats-Unis en tête, trouve ses racines dans le conflit syrien. Les deux parties rivales ne partagent pas les mêmes visions ni les mêmes intérêts en Syrie et au Proche-Orient en général. L’intervention militaire russe en Syrie en 2015 n’a jamais été accepté par les Occidentaux parce qu’elle a permis de remettre en selle le régime de Bachar al-Assad, leur tête de turc, et aux forces gouvernementales de reprendre la plus grande partie du territoire aux rebelles et aux jihadistes. En Europe de l’Est, l’Ukraine constitue depuis 2014 un autre terrain de confrontation. Kiev et les Occidentaux accusent Moscou de soutenir militairement les rebelles, ce que le Kremlin dément avec véhémence. Ils n’acceptent pas non plus que la Russie maintienne ses soldats en Transnistrie, région russophone qui a fait sécession de la Moldavie au début des années 1990, après l’effondrement de l’URSS. Des bases militaires russes sont également déployées en Abkhazie et en Ossétie du Sud, deux régions séparatistes géorgiennes dont la Russie a reconnu l’indépendance en 2008 à l’issue d’une guerre éclair avec la Géorgie. Par ailleurs, et depuis des années, Moscou dénonce le déploiement du bouclier antimissiles américain en Europe de l’Est et plus généralement le renforcement de l’Otan à ses frontières, une menace directe à sa sécurité.