Reporters : Les élections présidentielles russes se tiennent aujourd’hui et tous les paris sont que le président sortant Vladimir Poutine gagne un quatrième mandat et reste au pouvoir jusqu’en 2024. Pourquoi ?

Kamel Rachedi : En Occident, on parle beaucoup de l’autoritarisme de Vladimir Poutine et de son verrouillage du jeu politique par des pratiques musclées. On parle moins du fait que le président sortant a sorti son pays d’une période chaotique – celle des années Eltsine – et lui a relativement donné la grandeur qu’il avait. On parle moins du fait que le travail politique de restauration de l’image de la Russie qu’il a effectué bénéficie d’un large consensus et d’un soutien de l’ensemble des Russes. Le fait de donner à une Nation le goût de sa fierté peut être un suffrage à lui seul et c’est ce qui se passe en Russie, me semble-t-il. Et si le président Poutine a toutes les chances de rester au Kremlin, c’est qu’il n’a pas en face de lui une opposition forte et porteuse d’un programme et d’un message de mobilisation. Pour répondre à votre question, en Russie il y a eu un avant et un après Poutine.

Vous partagez donc l’analyse largement répandue selon laquelle les difficultés de Poutine ne sont pas à l’intérieur de la Russie mais à l’extérieur ?
Les sondages l’accréditent d’une large victoire aujourd’hui. Donc, oui, il n’aura pas à s’en faire au plan interne ni à craindre l’opposition surtout s’il poursuit cette même politique de relance de son pays et lui donne la place qui lui sied dans le concert mondial des Nations. Sur ce plan, il aura beaucoup à faire en économie d’autant que son pays, grand exportateur d’hydrocarbures, souffre de la baisse actuelle des cours, mais ce sera l’affaire de tous les acteurs économiques russes. Un retour au « tout Etat » comme le craignent certains analystes occidentaux me semblent une plaisanterie. La partie sera, en revanche, plus difficile à jouer sur la scène internationale devant les puissances occidentales et face auxquelles il s’emploie à déjouer leurs plans et leurs stratégies au Proche-Orient et en Syrie tout particulièrement. Sans Moscou, et Téhéran dans une moindre mesure, deux Etats qui entretiennent de bonnes relations, le régime de Damas se serait effondré alors qu’aujourd’hui il gagne des points. En Amérique latine, la Russie appuie le Venezuela et tente de l’aider à se soulager de la crise économique qu’il vit…

Question inévitable : qu’en est-il de la relation algéro-russe depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir ?
Après avoir connu un flottement en relation avec la situation interne en Russie, elles se sont améliorées. Sur le plan politique et diplomatique Alger et Moscou partagent des points sur de nombreux dossiers comme celui du Sahara occidental, la guerre contre le terrorisme, la représentativité des instances multilatérales de règlement des conflits…
Les deux pays militent pour un prix raisonnable des hydrocarbures comme levier de développement et de croissance. Il reste que leurs échanges économiques sont modestes en dépit du potentiel. La Russie est le premier fournisseur d’armes pour l’Algérie et c’est une donnée ancienne qu’il faudra enrichir par d’autres dans le domaine de l’agro-industrie, le tourisme… La Russie peut avoir besoin de l’Algérie dans certains domaines et la réciproque est vraie.