Le « Rassemblement Action Jeunesse » a bouclé, hier, son vingt-cinquième anniversaire. L’association a vu le jour, en effet, le 15 mars 1993 et ses dirigeants ont tenu à célébrer l’évènement, hier et avant-hier, par un débat et une série de discussions programmés durant l’après-midi sur le thème qu’ils n’ont jamais abandonné « les libertés et l’Etat de droit en Algérie ».

Le coup d’envoi des festivités, au demeurant studieuses, a été donné durant l’après-midi de vendredi dernier par la projection de deux courts métrages « Notes blanches » de Yazid Arab et « Alger de haut en bas » de Nesrine Dahmoune. Ces deux films ont été présentés au public dans le cadre du programme cinéma de l’association « Ciné Raj ». L’après-midi de samedi, elle, a été consacrée à la présentation de quatre communications suivies de débat.
La première a été présentée par l’avocat et militant des droits humains Noureddine Ahmine sur « Les droits humains en Algérie, entre réalité et texte ». Son intervention a été suivie par celle de Fatma Boufenik, maîtresse de conférences, université Oran 2, spécialiste en analyse et développement économique et militante féministe-fondatrice de l’association Fard, sur «les organisations de la société civile en Algérie : Quelles perspectives ? » La parole a également été donnée à Messaoud Boudiba, porte-parole du Cnapeste, pour une contribution sur « Le mouvement syndical en Algérie, Expérience et vision du Cnapeste ».
Pour fermer la marche, Malika Remaoun, vice-présidente de l’Association féministe pour l’émancipation de la personne et l’exercice de la citoyenneté (Afepec), a présenté une contribution sur « La lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes : visions, expériences et perspectives ». Son intervention a permis un échange sur la condition féminine en Algérie, les droits de l’Homme, ainsi que sur les libertés syndicales et associatives. La totalité des analyses et des propos tenus ont été à la sévérité et au constat que de nombreux espaces d’expression libre et démocratique sont aujourd’hui obérés, mais la tendance générale qu’on a pu relever des déclarations des uns et des autres est que la lutte pour les libertés est un processus continu qui se réalise dans un contexte national particulier marqué à la fois par des avancées certaines, mais aussi des doutes et la crainte de recul.
Qu’en est-il pour RAJ ? L’association est arrivée à l’âge adulte. Les fondateurs ne sont presque plus présents et ont laissé place à d’autres jeunes qui poursuivent aujourd’hui la même passion d’en faire un acteur associatif et politique de premier plan dans le pays. C’est, selon son président actuel, Abdelouahab Fersaoui, « un signe de longévité et de combativité ».
C’est aussi l’occasion, a-t-il expliqué à Reporters, de faire le bilan des actions du mouvement et de commenter la situation actuelle dans le pays ».
« Cet anniversaire, a-t-il poursuivi, va nous permettre d’avoir un regard lucide sur le passé, les acquis et sur l’avenir et ses défis.
Il y a lieu aujourd’hui de penser à adapter notre stratégie aux exigences du moment pour renforcer le travail de la société». « Il est important de souligner qu’on a résisté pendant 25 ans à un rouleau compresseur qui a empêché l’émergence de toute action associative libre, indépendante et revendicatrice, mais, grâce à l’engagement, la motivation et la détermination de militants de différentes générations, RAJ continue d’exister», a souligné M. Fersaoui.
L’anniversaire de RAJ intervient quelques mois seulement avant la célébration du 30e anniversaire d’Octobre 1988, à l’origine du pluralisme politique et associatif, mais dont l’esprit, craint le président de l’association, est aujourd’hui menacé par le pouvoir et sa propension à « contrôler et à étouffer toute velléité d’expression alternative » et par la « difficulté » des courants et forces de l’opposition à construire un terrain de convergence et de mutualisation de leurs ressources. Il aurait pu ajouter que les stratégies de mobilisation d’il y a trente ans sont aujourd’hui à revoir totalement à l’aune du bilan à faire de la « tragédie nationale » et des années rouges de la décennie noire ainsi que, plus important, des bouleversements connus par la société algérienne jusque dans sa façon de s’informer et de communiquer.