Le cimentier LafargeHolcim Algérie place ses activités de l’année 2018 sous le signe de la recherche de nouveaux relais de croissance.

Ses objectifs durant cet exercice auront une forte empreinte commerciale et seront davantage tournés vers l’export – une activité par laquelle il est le premier et l’unique opérateur pour l’instant à faire de l’Algérie un acteur international et africain du marché – ainsi que la bataille pour la généralisation rapide en Algérie de ses solutions innovantes pour la construction et, surtout, la rénovation des réseaux routiers et autoroutiers.
Le géant mondial du ciment entend également renforcer sa présence dans la distribution des matériaux de construction à travers sa franchise «Batistore», qui s’appellera désormais et de manière circonstanciée «Binastore», et intervenir plus puissamment dans l’activité du «Geo Cycle» et le recyclage des déchets industriels dont ceux issus des produits pharmaceutiques.
Son choix de marquer une pause dans la construction de nouvelles usines, seul ou en partenariat avec des entreprises locales, est un signe de la profonde transformation que connait actuellement l’industrie algérienne du ciment. Il «pointe» également les défis que ses acteurs ont à relever pour conserver et relancer les performances qu’elle a réalisées jusqu’ici.
«L’Algérie, explique Serge Dubois à Reporters, est passée en peu de temps d’une situation de sous-capacité à celle d’une surcapacité de production du ciment. Le temps où il fallait recourir à l’importation pour satisfaire la demande domestique est désormais révolu et très largement dépassé.» «Le pays entre maintenant dans une ère nouvelle d’autosuffisance et, donc, de recherche impérative de débouchés à l’extérieur», ajoute le directeur des affaires publiques de Lafarge Holcim Algérie. Face à cette nouvelle réalité, l’enjeu pour le cimentier, est de préserver ses parts (34%) dans un marché national en petite forme en raison de l’impact de la crise des cours du brut sur les secteurs du bâtiment et des travaux publics. «Une parenthèse qui va vite se refermer parce que le potentiel algérien dans ce domaine comme tant d’autres est formidable», estime M. Dubois,  ajoutant qu’«Il est impératif d’être au rendez-vous de l’émergence en cours du pays – qui compte parmi les cinq (5) pays stratégiques pour LafargeHolcim – d’y contribuer et d’affronter la concurrence» sur les marchés où le ciment algérien est compétitif. Avec la Gambie, pays destinataire en décembre dernier de la première cargaison de ciment écoulée à l’étranger, une deuxième opération d’exportation a été effectuée récemment, «tandis qu’une troisième est en cours de négociations» et devrait aboutir dans les prochaines semaines. L’objectif à l’horizon 2020 est d’exporter 5 millions de tonnes (MT) de sa production en Afrique de l’Ouest, une région dont la demande est estimée, selon M. Dubois, à 15 millions de tonnes. Sa pleine concrétisation devra passer sur le plan logistique par la création de lignes ferroviaires reliant les sites de production aux infrastructures portuaires, et l’aménagement dans l’immédiat de quais de chargement, comme c’est le cas actuellement au port d’Oran pour écouler une partie de la production de la cimenterie d’Oggaz près de Sig : une opération de près de 2 millions d’euros. Au plan commercial, elle devra l’être par la signature d’accords de facilitation des échanges avec les pays de la Cédéao. Pour le marché domestique algérien, un des outils de diversification des activités de LafargeHolcim Algérie est dans ses solutions «rentables et durables» de remise en état des voies routières et autoroutières. Le «must» en la matière a pour dénomination « Ardia 600 », une innovation défendue par l’ingénieur Amar Triche, un Algérien passé par Razel France avant de diriger depuis plus de deux ans une équipe qui sillonne aujourd’hui différentes wilayas du pays pour effectuer des tests et convaincre les collectivités locales des vertus technologiques, économiques et écologiques de cette solution, basée sur l’usage de matériaux locaux et permettant d’éviter l’ouverture de carrières de gravier. Selon Serge Dubois, des contacts avec le département des Transports et des Travaux publics sont en cours pour son exploitation. Par ailleurs, LafargeHolcim Algérie ambitionne de renforcer son réseau de distribution des matériaux de construction par l’ouverture de dix (10) nouvelles enseignes en 2018. Lionel Morenval, directeur général de cette activité, a indiqué que la création de ces nouvelles structures répond à «une demande de structuration d’un marché qui tend à se moderniser progressivement par la généralisation de moyennes et grandes surfaces commerciales» et au souci de «rapprocher le consommateur final du producteur». Il compte intensifier également son activité de recyclage et de valorisation des déchets. «Nous travaillons déjà avec les opérateurs dans le secteur du médicament, et des négociations sont en cours avec Sonatrach, pour incinérer ses bourbiers», a fait savoir Serge Dubois.

 

Lafarge Holcim Algérie a produit 11,5 millions de tonnes de ciment en 2017 et réalisé un chiffre d’affaires de plus de 80 milliards de dinars. Pour 2018, le groupe, qui emploie 5 500 personnes au sein de ses trois usines basées à Mascara, M’sila et Biskra, table sur une production de 11,5 millions de tonnes. Le montant des investissements consentis par le groupe en Algérie, depuis ses débuts d’activité, en 2003, à ce jour, dépasse les 74 milliards de dinars.