Entre la Russie et l’Occident, la cassure semble difficile à colmater. A peine la suspension des athlètes russes prononcée par le CIO après l’affaire de dopage institutionnalisé, levée, voilà un autre « incident » qui vient secouer le sport dans le pays amiral de l’ancienne URSS. Et pas n’importe quelle discipline puisqu’il s’agit de football. 

Plus particulièrement l’évènement phare par excellence : la Coupe du monde 2018 qu’hébergera la nation de Vladimir Poutine dans 4 mois. En effet, « aucun ministre, ou membre de la famille royale, n’assistera à la Coupe du monde de football en Russie cet été», a informé, hier, La Première ministre britannique Theresa May. Un boycott motivé par une affaire d’empoisonnement, mais pas que…Des soupçons suffisent pour dire que le présumé est coupable.

C’est ainsi que les choses se passent quand il s’agit de la Russie. Le passé est venu rattraper le présent au risque de pourrir le futur. L’assassinat au polonium de l’opposant et l’ancien des services secrets russe, Alexandre Litvinko, en 2006 à Londres et qu’un juge britannique avait imputé à Moscou, a été utilisé comme « pièce à conviction » pour qualifier de « très probable » la responsabilité de la Russie dans l’empoisonnement, le 4 mars, de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal. Un précédant a donc suffi pour soupçonner les Russes d’avoir voulu liquider celui qu’ils ont condamné à treize ans de prison pour collaboration avec les services secrets britanniques. Le profil de « traître » par excellence qui a orienté l’affaire vers la tentative de liquidation par le gouvernement de Poutine.

Le retrait des « Three Lions » n’est pas envisageable
Assez pour être considéré comme un crime de lèse-majesté du côté du Royaume-Uni qui a décidé d’ouvrir une enquête sur cet incident. Si aucune preuve n’a encore été collectée quant à l’implication directe de la Russie dans cette affaire, l’état-major britannique ainsi que la famille royale ont déjà pris position en annonçant le boycott -pur et simple- de la Coupe du Monde 2018 à laquelle, il faut le noter, l’Angleterre est qualifiée. « Je confirme qu’aucun ministre, ou membre de la famille royale, n’assistera à la Coupe du monde de football en Russie cet été », a révélé la cheffe du gouvernement Theresa May. En réaction, le président du comité d’organisation du mondial 2018, Alexei Sorokine, a rappelé que : «Le choix revient à chaque supporter de venir à la Coupe du monde ou de ne pas venir. Cela n’aura pas d’impact sur la qualité du tournoi. Nous avons toujours l’intention de l’organiser au plus haut niveau», dans une déclaration à l’agence de presse RIA estimant « dommage que tout le monde n’adhère pas au principe de laisser le football en dehors de la politique». Par ailleurs, un éventuel retrait des « Three Lions » est invraisemblable dans la mesure où la Fifa ne tolère pas que la politique soit mêlée au sport. Si l’instance universelle ne pouvait pas sévir, on ne doute pas une seconde que le « United Kingdom » et ses alliés auraient tout fait pour mettre en péril le tournoi vu la proportion que cette escalade verbale entre Londres et Moscou est en train de prendre.

Ciblage géopolitique
Après l’affaire de dopage étatique qui avait privé les athlètes de la Russie de disputer les Jeux olympiques d’été 2016 à Rio (Brésil) et ceux d’hiver à Pyeongchang (Corée du Sud) avec les couleurs de leur pays (participation sous la bannière neutre du CIO), il y a cette nouvelle controverse qui a tout d’extra-sportif. Loin du rapport Mc Laren, qui faisait état de tricherie moyennant médecine, c’est un autre « litige » en rapport avec la boite à pharmacie qui est sortie puisqu’il s’agit d’empoisonnement.
Après que Washington ait fait le forcing pour que les sportifs russes soient tous écartés des compétitions universelles, voilà Londres qui l’imite en essayant de pourrir la fête du football à sa manière. Et ce afin que la Russie ne puisse pas redorer son image grâce à cet évènement qui regroupera 32 nations différentes des quatre coins du monde. L’amour du jeu semble être menacé par l’intérêt politique de part et d’autre. L’engagement de la Russie dans la guerre en Syrie et son alliance avec le gouvernement de Bachar Al-Assad n’ont jamais été digérés par les pays membres (forts) de l’ONU. Aussi l’offensive sur l’Ukraine (Crimée) en 2014 avait accentué les tensions. Une intervention qui aurait certainement compromis les chances de se voir attribuer l’organisation du Mondial à l’issue du vote en 2010.

Hooliganisme, le bât qui blesse
Aussi, il y a ce problème d’hospitalité qui est sorti à chaque fois qu’on parle du football russe. Le « hooliganisme », qui a longtemps gangréné le football british, il faut le rappeler, est présenté comme une menace pour le rendez-vous quadriennal. Les médias occidentaux présentent les supporters russes comme des sauvages qui saccagent tout sur leur passage. Déjà, lors de l’Euro 2016 en France, le comportement des supporteurs de la « Sbornaya » était passé sous la loupe. Récemment, on a même annoncé, dans nombreux médias, l’arrestation d’un dangereux hooligan russe qui était mêlé dans les affrontements avec leurs homologues… anglais à Marseille (Vieux-Port) où une centaine de blessés chez les britanniques avait été recensée. Certains sont même allés jusqu’à dire que « des forces spéciales militaires de hooligans ont été envoyées par Vladimir Poutine pour conquérir l’Europe», lors de l’épreuve continentale… Aussi, ces vidéos de personnes cagoulées sont constamment relayées par la presse et les sites européens. On y voit des jeunes anonymes qui promettent l’enfer lors de la CDM cet été. La BBC, un média britannique (quel hasard !), a même passé un reportage intitulé « Le monde secret du hooliganisme russe » dans lequel un jeune au visage caché a averti les visiteurs en disant que « pour certains, ce sera le festival du football, pour d’autres, celui de la violence.» Une campagne de déstabilisation à laquelle le Kremlin s’attendait depuis longtemps. « Des médias occidentaux allaient lancer une campagne de grande ampleur dans le but de discréditer la Russie et miner la confiance dans le pays hôte de cet événement sportif », avaient prédit des officiels locaux. En effet, les Russes ne sont définitivement pas vraiment amis de l’Occident. On peut dire qu’ils ne se trouvent pas à l’Est pour rien.