Quelque 20% des cas de séparation conjugale dans notre pays se font à travers « le khoul », c’est-à-dire à l’initiative de l’épouse, selon le président du Haut-conseil islamique (HCI) Bouabdellah Ghlamallah. « Nous n’avons pas les statistiques complètes, mais nous disposons de l’indication selon laquelle 20% des cas de divorce se font à travers le khoul », a-t-il affirmé lors d’un point de presse, organisé hier en marge d’une conférence sur la thématique du divorce, où certains participants font état de plus de 60 000 cas chaque année.

D’ailleurs, c’est ce dernier chiffre qui a fait réagir M. Ghlamallah en parlant de « l’impérativité de proposer des dispositions et d’offrir les moyens nécessaires pour atténuer cette situation qui va à l’encontre de la stabilité de la famille algérienne ». « Quand le Code de la famille a établi le khoul en son article 54, les choses ont été faites pour consolider les droits de la femme, mais nous travaillons aussi pour faire perdurer le mariage. L’une des solutions qu’il faut soumettre à la réflexion pour atténuer ce phénomène est celle liée au sdak (dot) que le mari donne à sa femme pour le mariage », ajoute-t-il. Il entend fixer à la hausse la dot pour décourager la femme à demander le khoul, où elle doit restituer à son mari la valeur de ce qu’il lui a donné au titre de la dot.
Le président du HCI a affirmé aussi que la structure qu’il dirige établira une étude à partir des recommandations des participants à cette conférence qui seront soumises aux instituions exécutives. « S’il y a lieu de revoir le Code de la famille, ces recommandations seront prises en considération. Nous sommes avec les restrictions à l’égard du divorce et du khoul mais il faut que les choses se fassent dans un cadre organisé », explique M. Ghlamallah.
Durant cette conférence, qui a également vu la participation des membres du HCI ainsi que les représentants de divers ministères, institutions et associations, beaucoup de propositions ont été faites pour essayer de limiter les cas de divorce et du khoul.
Parmi ces propositions, celle de la représentante du ministère de la Solidarité nationale qui a préconisé l’instauration d’une sorte de « certificat de qualification en vue d’un mariage ». Ces certificats seront remis par les directions locales des affaires religieuses et des wakfs en vertu de certaines dispositions juridiques qui doivent être instaurées par cette tutelle et le ministère de la Solidarité nationale.
De son côté, la sociologue à l’université de Mascara, Zahra Djira, a préconisé l’instauration, par la loi, d’une commission de médiation entre les époux qui veulent se séparer.
Elle sera constituée d’experts en différents domaines appropriés pour mieux prendre en charge la médiation. Justement, d’après les sociologues et experts en islam, la non-application réelle de la réconciliation, qui est une obligation réglementaire, est la raison principale qui conduit à la prononciation des divorces. Mais aussi, selon Saïd Bouizri, membre du HCI et président d’une association de réconciliation, en raison d’une mauvaise interprétation de la charia islamique. «Certains maris interprètent à leur façon la charia pour justifier leur demande de divorce. Certaines lois, élaborées pour consolider les familles, telles la réconciliation, ne sont pas ou mal appliquées sur le terrain», souligne-t-il. Estimant que la mosquée, et pas seulement les tribunaux, doit jouer un rôle d’intermédiaire pour réconcilier les couples avant d’aller devant le juge. Ce mécanisme qui consiste en la mise en place de cellules de réconciliation au niveau de chaque tribunal, dirigées par des experts en sociologie et en psychologie notamment, est d’ailleurs une proposition qui a trouvé un écho auprès du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), et sera même soumise, selon sa présidente, Fafa Benzerrouki, aux pouvoirs publics. Elle a indiqué, par la même occasion, avoir soumis une autre proposition au gouvernement, à savoir le rejet des demandes de divorce des époux dont les épouses sont gravement malades. Une autre sociologue, Zohra Djir, indique, à partir des résultats d’une étude sur le terrain sur le khoul, que la mésentente avec le mari est la principale raison les incitant à introduire leurs demandes. Les pressions familiales également ainsi que les violences sexuelles et l’infidélité. «On a constaté, cependant, le manque de maturité des femmes dont les cas ont été étudiés envers le mariage. On ne sent pas une réelle prise de conscience sur l’importance de cette institution», confie-t-elle.
Par ailleurs, l’inspecteur central au niveau du ministère des Affaires religieuses et des wakfs, le docteur Nasser Eddine Derrache, a affirmé que
« le khoul était un droit absolu à la femme, établi par l’Islam, mais parmi les raisons du divorce, on trouve des fatwas inconnues. Il faut aussi chercher ce que disent d’autres du moment que la charia reste un domaine très vaste».