La tenue de la 35e session du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur au Centre international des conventions (CIC), à Alger, aura été l’occasion de mettre en avant l’expérience et l’expertise algériennes en matière de lutte antiterroriste, mais aussi une réponse aux critiques de certaines ONG internationales au sujet de la question des réfugiés et des immigrés clandestins.

Les travaux, qui se déroulent à huis clos, devront permettre aux ministres arabes de l’Intérieur de débattre des questions de l’heure, liées notamment aux menaces terroristes et à la sécurité dans le monde arabe en général. Même si, dans les coulisses du CIC, certaines délégations arabes étaient venues avec des agendas bien définis, notamment celles qui constituent ce qui est convenu d’appeler le «front anti-iranien», avec toutes ses ramifications et ses implications sur la région, à commencer par la guerre au Yémen, le boycott du Qatar, sans omettre la situation en Syrie, en Libye ou encore le dossier palestinien qui a été mis entre parenthèses. L’Algérie, par sa qualité d’hôte de cette réunion, n’a pas l’intention de suivre cette voie et elle a, à maintes reprises, affirmé qu’elle se situait à équidistance entre les pays arabes en conflit, tout comme elle a toujours plaidé pour une solution politique, qui passe par un dialogue inclusif, en Syrie et en Libye, loin de toute ingérence étrangère.
A l’ouverture des travaux de la réunion des ministres arabes de l’Intérieur, l’Algérie a annoncé la couleur, elle ne tombera pas dans le jeu des alliances conjoncturelles et ne changera pas ses positions de principe.
Dans un discours lu par le ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, le président Abdelaziz Bouteflika n’a pas manqué de rappeler la position de l’Algérie face au phénomène de la migration clandestine, mais aussi de répondre indirectement aux critiques d’Amnesty International sur le traitement réservé aux réfugiés et autres migrants, rappelant que l’Algérie a été pionnière en matière d’accueil de réfugiés.
Migrants et réfugiés, véritables victimes des crises
Évoquant les multiples défis auxquels sont confrontés les pays arabes, le chef de l’Etat a relevé, qu’à leur évocation, «l’on ne peut occulter un autre phénomène non moins dangereux et menaçant la stabilité de notre région arabe, il s’agit de la migration clandestine qui commence à prendre des dimensions inquiétantes, notamment au cours des dernières années». Il a fait observer, à cette occasion, que «de nombreux pays arabes sont devenus la destination de vagues incessantes de migrants étrangers, poussés par les conditions sécuritaires prévalant dans leurs pays à émigrer vers nos pays, soit pour s’y installer temporairement soit pour transiter vers d’autres destinations».
«S’il est clairement établi que ce phénomène est lié à une situation humanitaire particulière, qu’il est de notre devoir de considérer et, par conséquent, prendre en charge ces migrants, il est indiscutable que nous ne pouvons fermer les yeux sur l’activité des réseaux criminels qui exploitent la vulnérabilité de ces migrants dans des actions visant la sécurité et la stabilité de nos pays», a insisté le Président Bouteflika.
Il a mis en évidence, à cet effet, le fait que l’Algérie, «de par ses principes humanitaires, la culture d’hospitalité innée chez notre peuple et par devoir de protection envers les victimes des conflits et des troubles, a très tôt accueilli les réfugiés venus de différentes régions et permis aux ressortissants des pays secoués par les conflits d’accéder à son territoire et de s’y établir». «L’Algérie a veillé à trouver des solutions pratiques et adéquates pour prendre en charge le phénomène de migration et des migrants selon une vision globale qui prend en considération les exigences en matière de sécurité, de développement et de respect de la dignité humaine, tout en focalisant sur la dimension humaine des migrants et des réfugiés, véritables victimes des crises qui les ont conduits à emprunter cette voie».
«Neutraliser l’extrémisme»
L’autre volet abordé par le chef de l’Etat dans son discours a trait à la lutte antiterroriste. Le président Bouteflika a affirmé que l’Algérie a vaincu le terrorisme et en a extirpé les racines, et ce, grâce à la démarche qu’elle avait entreprise dans ce sens. Laquelle a pris en compte le travail sécuritaire, mais aussi politique et celui lié au développement, précisant que les résultats obtenus ont permis d’édifier un Etat de droit.
Le chef de l’Etat a souligné que le premier pas pour éradiquer le terrorisme consiste à «infirmer ses références intellectuelles» et à le «priver de son environnement social et ses réseaux d’information et de communication», et ce, «à travers un effort intensif sur le plan éducatif, culturel, d’information et d’orientation religieuse de sorte à neutraliser l’extrémisme et sauver notre jeunesse de sa mystification fatale».
Il a relevé que la lutte contre le terrorisme «n’est ni liée à un agenda ni confinée dans une aire géographique, c’est une problématique qui demeure posée tant que les citoyens et leurs biens sont menacés et tant que ces groupes égarés persistent à menacer la stabilité des institutions de l’Etat ou tenter d’imposer des référents religieux ou idéologiques étrangers à nos peuples».
M. Bouteflika a relevé, dans le même cadre, que «dans certains pays arabes, les organisations terroristes ont reçu des coups cuisants au cours de l’année écoulée. Plusieurs d’entre elles ont été neutralisées, celles-là mêmes qui ont failli tout ravager après s’être accaparé de larges zones de ces pays, hypothéquant l’avenir de leurs citoyens ligotés par la violence sauvage et l’extrémisme à outrance et soumis à toutes les formes d’injustice, d’exactions et de mépris de la vie humaine». Aujourd’hui, «nous observons la déconfiture de ces groupes terroristes et leur disparition dans certaines parties de la région arabe. Les territoires qui étaient sous leur contrôle ont, ainsi, recouvré leur stabilité et leur sécurité. Toutefois, la menace des éléments résiduels de ces groupes n’a pas complètement disparu, ni leur danger d’ailleurs», a fait observer le président Bouteflika.

«Fragmentation des groupes terroristes»

Confirmant les craintes des experts, il dira «qu’au contraire, cette menace et ce danger ont pris de nouvelles formes dès lors que certains d’entre eux ont réussi à s’exfiltrer vers d’autres foyers de tension dans les pays arabes et intégrer des groupes criminels activant souvent sous des appellations jusque-là inconnues. C’est ce que l’on appelle la fragmentation des groupes terroristes qui se multiplient une fois qu’ils s’assurent un environnement d’accueil». «Face à cette situation, nous sommes appelés à œuvrer, ensemble, à adopter des résolutions fermes pour sécuriser les lignes frontalières et à prendre des mesures sécuritaires préventives et proactives de nature à favoriser l’alerte précoce, l’échange intensif d’informations et la protection des frontières», a insisté le chef de l’Etat dans son message.
Des résolutions fermes pour sécuriser les lignes frontalières
De son côté, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a tenu à saluer le rôle joué par le comité des ministres arabes de l’Intérieur dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé dans la région arabe. Il affirmera que «le monde arabe paye la facture du terrorisme. Il fait face à des manœuvres et des desseins de domination qui alimentent bon nombre de conflits qui menacent la paix et la stabilité». Tout en mettant en valeur les résolutions prises par la dernière réunion du CIMA, tenue en Tunisie, notamment en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue et la protection intellectuelle, le Premier ministre a déclaré que l’Algérie était consciente des responsabilités qui incombent aux ministères de l’Intérieur, en termes de défis sécuritaires, en raison du fait que les pays arabes soient visés».
M. Ouyahia a rappelé, à cette occasion, l’appel du président Bouteflika en vue de renforcer l’unité et la coopération entre les pays arabes, notamment dans le domaine sécuritaire. Ajoutant que la nation arabe demeure visée en raison de l’absence de solution à la question palestinienne et sa capitale El Qods, et qui constitue une solution pouvant éviter au monde arabe les dangers d’une explosion régionale.