Les professionnels de la presse ont rendu hommage, hier, au doyen du journalisme  en Algérie et professeur en sciences de l’information et de la communication,  Zahir Ihaddaden qui s’est éteint le 20 janvier, à l’âge de 89 ans, à Alger.

Ses collègues du monde universitaire et du journalisme ont apporté leurs témoignages sur le défunt et son parcours exceptionnel lors du forum d’El Moudjahid. Ils ont, à l’unanimité, mis en exergue sa modestie, son intégrité et son patriotisme, et connu, entre autres, pour avoir formé plusieurs générations d’étudiants, notamment en sciences de l’information et en communication.
Le docteur Saïd Chibane, qui était l’un des amis de M. Ihaddaden et aussi l’un de ses collègues dans le monde universitaire, a fait état de la contribution de ce dernier dans la création et la réussite du journal
El Moudjahid, ainsi que sur la scène médiatique, en général, pendant et après la Révolution algérienne. Il a fait cela avec « foi », a affirmé  M. Chibane. « Le défunt était connu pour sa sagesse et son engagement pour l’intérêt public. Il considérait l’Université algérienne comme un acquis très important qu’il fallait préserver », fera remarquer le même intervenant, avant d’insister sur l’impératif d’«attirer l’attention des jeunes vers les œuvres d’Ihaddaden », et ce, au vu « des faits historiques qu’elles contiennent », a-t-il expliqué.
Abondant dans le même sens et louant, à son tour, les mérites de Zahir Ihaddaden, le docteur Aïssa Kasmi, lui aussi ami et collègue du défunt, considère qu’il « fait partie de ceux qui ont permis de tracer un chemin sûr dans le monde universitaire et celui du journalisme en Algérie ». Il s’est consacré à cette mission en faisant preuve de « modestie » et de «sincérité », précise M. Kasmi. Ajoutant que son « ami proche » considérait la générosité et la modestie comme étant le socle sur lequel repose la communication entre les individus.
« Il y a deux types d’individus dans la vie, ceux qui grandissent avec la fonction et ceux qui la font grandir. Zahir faisait partie de cette seconde catégorie qui se brûle pour donner du sens à son travail », s’est enorgueilli, à l’occasion le docteur Aïssa Kasmi. Ajoutant que l’enseignant universitaire que fut Ihaddaden était « si modeste qu’il voyait en ses élèves une matière grise avec laquelle il fallait composer ». M. Kasmi a conclu son intervention en attestant que son ancien ami a de tout temps refusé d’endosser de grandes responsabilités qu’il considérait trop pesantes, en dépit des nombreuses sollicitations dans ce sens. L’un de ses élèves, l’universitaire et anciennement journaliste, Sadek Bekhouche, n’a pas tari, non plus, d’éloges en évoquant celui qui a incarné « le déni de soi, la simplicité alliée à la profondeur ainsi que le sens de la pédagogie ». « Il avait d’énormes capacités de communication aussi bien avec le large public qu’avec celui des étudiants. Il était différent des docteurs qui se comportaient en dictateurs et savait nous attirer plutôt que nous dominer», a-t-il, entre autres, témoigné. A propos du journaliste brillant qu’a été également M. Ihaddaden, son disciple se souvient que ce dernier « n’a jamais versé dans la diffamation d’une quelconque personne ou partie, tout en ne s’empêchant pas de n’écrire que ses convictions ». M. Bekhouche a tenu, enfin, à mettre en avant une facette moins connue de la personnalité du défunt intellectuel et militant de la cause nationale, celle de « son attachement à un islam d’amour, de respect, de tolérance et de dialogue ». A l’occasion de l’hommage rendu dans le cadre de ce forum, le dernier ouvrage de Zahir Ihaddaden -qu’il a eu la possibilité de consulter deux jours avant son décès- intitulé « Itinéraire d’un militant », a été présenté, pour la première fois, à l’assistance.
Par ailleurs, un autre hommage lui sera consacré lundi prochain par le Club d’information de l’université d’El-Affroun Blida II, créé en 2015 et qui porte déjà depuis des mois le nom de l’universitaire. Né en 1929 dans la région de Toudja (Béjaïa), Zahir Ihaddaden a rejoint les rangs des militants de la cause nationale et travaillé, pendant la guerre de libération nationale, à El Moudjahid de juin 1956 au 19 mars 1962, où il était parmi l’équipe rédactionnelle de l’édition francophone. D’abord à Tétouan, le 5 août 1957, puis à Tunis, en novembre de la même année, aux côtés du défunt Réda Malek. Il fut également, l’un des relais d’Abane Ramdane auprès des militants à l’université d’Alger. Historien et enseignant universitaire, il a contribué à la création de l’Ecole supérieure de journalisme d’Alger (ESJ), en 1964, comme il a aidé à la formation de la première génération de journalistes algériens et chercheurs universitaires.
Zahir Ihaddaden compte, par ailleurs, plusieurs ouvrages à son actif dont
« Histoire de la presse indigène en Algérie, des origines jusqu’en 1930 », « La presse écrite en Algérie de 1965 à 1982 », et « L’histoire des colonisés du Maghreb ».