Le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière n’a-t-il pas eu assez de temps pour résoudre le problème des médecins résidents ? Plus de deux mois après le début du mouvement de grève, le dialogue entre les représentants du Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra) et le ministre de tutelle Pr Mokhtar Hasbellaoui

est au point mort. Rien n’augure de bon pour la suite des négociations, surtout après l’échec de la réunion d’hier dans le cadre du Comité intersectoriel chargé du suivi des revendications des grévistes. Les représentants du Camra ont quitté la réunion dénonçant le fait qu’«aucune contre-opposition n’ait été soumise» et surtout le fait de «se retrouver à la table des négociations avec un comité de réflexion vraisemblablement sans aucun pouvoir décisionnel». Installé le 21 janvier dernier par le ministre de la Santé, le Comité est pourtant composé de plusieurs représentants des ministères de l’Intérieur, des Finances, de l’Enseignements supérieur et de la Recherche scientifique, du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, de la Direction générale de la Fonction publique, du Syndicat national des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires (SNECHU) et du Syndicat national des praticiens spécialistes de santé publique (SNPSSP) et de l’Ordre des médecins. Mais, il semble que tout ce beau monde soit incapable de prendre la moindre décision concernant les points de la plateforme de revendications soumise par les résidents. Ni sur la question du service civil, ni sur celle ayant trait au service militaire. Des questions dont le sort est scellé bien plus haut qu’au niveau du département de Mokhtar Hasbellaoui, car relevant de la politique générale du gouvernement et constituent des fondements pour le système de santé, pour l’un, et le fonctionnement de l’armée pour l’autre.

Assez d’éléments pour dire que le dialogue dans le cadre de ce comité intersectoriel, voire même avec Mokhtar Hasbellaoui, n’est qu’une fuite en avant dans ce bras de fer, si ce n’est une perte de temps. Les solutions sont ailleurs, il est clair. D’ailleurs, à maintes reprises, le ministre de la Santé a expliqué aux représentants des médecins résidents que certains points dépassent ses prérogatives. Après donc près de trois mois de grève, n’est-ce pas le moment que les hautes autorités interviennent à commencer par le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, pour lequel les médecins résidents avaient adressé une demande d’audience, mais qui est restée, jusqu’à présent, sans suite ? Il est vrai que le chef de l’Exécutif ne doit pas s’occuper de tout, sinon il n’y aurait plus d’utilité de nommer des ministres dans différents secteurs. Mais, force est de constater que ce conflit a atteint un tel degré de pourrissement que son intervention devient urgente.
«Les négociations trainent, ce qui se répercute, malheureusement, sur le malade en premier». C’est le constat qu’a fait, hier, le Camra au sortir de sa réunion interrompue avec les membres du comité intersectoriel. Déplorant «l’absence du ministre de la Santé de la table des négociations du fait de son déplacement en dehors du pays (Mokhtar Hasbellaoui se trouve à Cuba, Ndlr) en cette période de crise», le Camra envisage de ne plus se rendre à ces rencontres sans avancées. D’où l’urgence de porter le dialogue à un autre stade de négociations, sinon de commencer à faire des concessions et proposer de véritables solutions, car, «nos interlocuteurs manquent de pouvoir de décision et parfois ne parviennent même pas à en emettre ne serait-ce qu’un avis sur une proposition», regrette Amine Naïli, membre du bureau national du Camra.
C’est dire qu’à moins d’un nouveau souffle ou plutôt l’implication des hautes autorités, le mouvement des médecins résidents risque de durer encore avec toutes les menaces qui pèsent sur le secteur, notamment la démission collective qu’ils ont déjà brandie.