Le Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Cnapest) a entamé hier son premier jour de grève «illimitée». Cette première journée de débrayage a été marquée par l’arrêt de justice «illégal», l’arrêt des cours et par une bataille de déclarations à distance entre le syndicat et le ministère de l’Education nationale.

Le premier a revendiqué un taux de suivi massif de ses adhérents et sympathisants au mouvement auquel il a appelé, le second a affirmé par la voix de la ministre Nouria Benghebrit que «la forme de protestation» décidée, c’est à-dire l’appel à la grève illimitée, «n’existe pas dans le glossaire du monde du travail et du syndicalisme». Mme Benghebrit a déclaré : «Nous étions et nous sommes totalement disponibles à répondre aux doléances réglementaires des travailleurs et syndicats de l’éducation et les portes du dialogue civilisé sont toujours ouvertes». Elle a précisé avoir «demandé aux responsables du Cnapest de suspendre la grève avant d’entamer un dialogue serein». «Nous sommes prêts à répondre à toutes les doléances réglementaires».
«Toute la société algérienne a droit à la vérité et nous allons la dévoiler prochainement», a-t-elle prévenu, laissant entendre qu’une explication sur les revendications satisfaites des syndicats enseignants n’est pas exclue dans les prochains jours, rappelant aussi, non sans pique, que le Cnapest reste le «seul partenaire social» de l’Education nationale à «ne pas avoir ratifié la «charte de l’éthique» du secteur en novembre 2015.
En résumé comme dans le détail, tout semble indiquer que les deux parties s’acheminent vers une fin de semaine difficile, l’une comptant sur l’épuisement de l’autre, abstraction faite de leur capacité à se mettre une nouvelle fois autour d’une table de négociation. Compte tenu du caractère sensible du secteur et de la grève qui le touche depuis hier, on ne sait jamais. En attendant, le porte-parole du Cnapest s’est borné hier à faire la revue des troupes avec le sourire face à la tutelle «qui n’a pas l’esprit de la négociation» et la «mine triste» pour «dire aux élèves et parents d’élèves» que le syndicat n’est pas responsable de la situation actuelle. «La première journée de débrayage a été un succès», a affirmé Messaoud Boudiba. «Le taux de suivi de la grève des professeurs de cycle secondaire a atteint plus de 80% au niveau national tandis que celui enregistré dans les cycles du primaire et du moyen a atteint respectivement les 40% et 60%» d’adhésion, a-t-il précisé. Selon M. Boudiba, les wilayas où le Cnapest a «cartonné» sont Boumerdès, Blida, Constantine, Oran, Tlemcen et Béjaïa. Ces régions, a-t-il déclaré à Reporters, ont «ont massivement suivi le mot d’ordre de grève» lancé par la direction du syndicat. Invité à commenter l’arrêt de justice, le responsable du Cnapest s’est contenté de rappeler que «toute la procédure a été respectée avant l’entrée en grève et qu’un préavis a été déposé». M. Boudiba qui a répété que son syndicat «n’a pas senti la bonne foi de la ministre de l’Education nationale à dialoguer» l’a «invitée au nom du Cnapest et des intérêts des élèves à aborder avec franchise tous les problèmes». Le syndicat, a-t-il ajouté, demande une «réunion en urgence» avec la ministre «afin d’éviter le pourrissement que beaucoup veulent». De Ghardaïa où elle se trouvait, la ministre de l’Education nationale, outre le fait d’avoir rappelé que le Cnapest et son appel à la grève ont été «déboutés par la justice», a indiqué que «des parents d’élèves ont déposé plainte» contre l’appel à l’arrêt des cours ainsi que contre son initiateur. Ces deux rappels par Nouria Benghebrit, selon les observateurs, semblent indiquer qu’elle a agi, cette fois, en position de force face à une situation, très différente des précédentes, où seul un syndicat est à la manœuvre pour réclamer des «droits en attente depuis trois ans», selon Messaoud Boudiba. C’est dans cette optique également que les mêmes observateurs ont jugé la déclaration de Mme Benghebrit qui a «rassuré» les élèves que des dispositions ont été prises aussi bien à Blida qu’à Bejaia, les deux places fortes du Cnapest et où les cours sont à l’arrêt depuis plusieurs semaines déjà, pour «finaliser le programme scolaire des classes en grève». A suivre, donc.