Les pays du Maghreb connaîssent des mouvements sociaux de plus en plus durs intervenant dans un contexte économique difficile. Cette situation porteuse de périls sur le plan du front social n’en porte pas moins des contradictions quant aux possibilités intrinsèques de cette région. 

 

La région MENA Proche-Orient et Afrique du Nord dispose aujourd’hui d’un énorme potentiel de croissance et de développement. Mais cette croissance, estiment les observateurs, ne permet pas la création de suffisamment d’emplois, en particulier en faveur des femmes et des jeunes.
Grand potentiel de croissance, faibles opportunités d’emplois, une situation contradictoire qui soulève de nombreuses interrogations, au moment où des millions de jeunes sont appelés inéluctablement à investir le marché du travail au cours des cinq prochaines années. Cette situation complique les différents efforts menés dans le sens de la réalisation de la justice sociale, de l’égalité des chances ainsi que de l’adoption du principe de transparence en rapport avec l’attribution des postes disponibles. Malgré les progrès réalisés ces derniers temps, comme en témoignent plusieurs études et rapports d’institutions financières internationales, «la croissance régionale demeure faible et ses bénéficiaires sont peu nombreux.
Ce déséquilibre engendre des situations de tension sociale notamment dans ces périodes de récession de l’économie. Les revenus moyens demeurent stables par rapport à l’augmentation de la pauvreté dans les zones de conflit, ce qui alimente beaucoup de frustrations chez une large frange de la population. Le manque de perspectives d’emplois et l’absence d’accès à des services abordables et de qualité représente une véritable bombe à retardement. Des organisations financières internationales ayant fait ce constat préconise des mesures afin d’améliorer la situation.
Le rebond de l’économie mondiale offre, selon ces organisations, l’occasion de mettre en œuvre des réformes destinées à améliorer les perspectives de croissance à moyen terme. Selon ces rapports, «les politiques budgétaires devraient soutenir les activités susceptibles d’accroître la croissance et de créer des opportunités pour tous en s’appuyant sur des dépenses sociales plus efficientes et efficaces, une fiscalité juste et bien ciblée et des aides pour les plus vulnérables, de même qu’elles devraient contribuer au développement du secteur privé qui nécessite des systèmes financiers et une réglementation efficace, définissant des règles équitables, gages de la réussite des entreprises».

De la croissance vite !

Ainsi l’urgence de promouvoir la croissance et d’accroître les possibilités d’emploi dans le monde arabe semble vitale lorsque l’on sait que 60% de la population de cette région est âgée de moins de 30 ans. Il est d’évidence une situation d’urgence. Selon les estimations de l’Organisation internationale du Travail OIT, près de 5,5 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail.
Et dans un contexte marqué par l’emploi limité dans le secteur public «il y a urgence à améliorer le climat des affaires et de créer les conditions propices au développement du secteur privé» pour qu’il contribue à la croissance globale et à la création d’emplois en faveur des jeunes de la région, fait noter le Fonds monétaire international pour qui «le mécontentement populaire bouillonne» dans la région du Moyen-Orient et du Maghreb. Christine Lagarde directrice du FMI a lors d’une conférence régionale tenue à Marrakech estimé qu’une «croissance soutenue bénéficiant au plus grand nombre permettrait de répondre plus vite aux attentes ou aux frustrations exprimées par les populations».
Dans la même conférence le Premier ministre tunisien Youssef Chahid, dont le pays connait une ébullition sociale continue, aura le mérite de noter l’importance de parler au citoyen pour comprendre ses besoins. Pour lui «on met souvent l’accent sur la stabilité financière et monétaire au détriment évidemment de la dimension sociale». D’où l’échec des «politiques uniquement basées sur le développement comptable qui ne prennent en compte que le Produit intérieur brut (PIB) alors que le citoyen, lui, mesure le développement à son niveau de vie».
En Tunisie la transition politique née de la révolution de 2011 a rendu le pays «plus libre» mais a généré une instabilité qui a pesé sur les investissements et sur la croissance du pays dira-t-il. Fidel à son dogme le FMI suggère de favoriser une croissance plus soutenue dans la région par la création d’un secteur privé «vibrant», et «combattre la corruption», en développant des régimes fiscaux plus «équitables». <