Sur l’exploitation des hydrocarbures de schiste, le patron de Sonatrach veut aller vite. A Houston, dans l’Etat du Texas (USA), Abdelmoumen Ould Kaddour a fait de l’option des hydrocarbures de schiste un argument massue pour capter l’investissement américain.

Lors d’un forum algéro-américain, le P-DG du groupe public des hydrocarbures a expliqué que la nouvelle stratégie de Sonatrach consiste à diversifier les sources d’énergie du groupe en allant vers des activités nouvelles dans l’offshore et le gaz de schiste, deux métiers dans lesquels les producteurs américains excellent. Depuis son arrivée à la tête de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, a fait du schiste un axe de développement prioritaire, reléguant au second plan les énergies renouvelables auxquelles les précédents gouvernements ont accordé une place de choix. L’option du schiste a ressurgi l’année dernière, incluse dans le Plan d’action du gouvernement Ouyahia et validée par le Parlement. «Le gouvernement encouragera les prospections destinées à mieux connaître le potentiel national en hydrocarbures schisteux. C’est là un impératif pour préserver à moyen et long termes l’indépendance du pays en hydrocarbures. La prospection des hydrocarbures schisteux qui nécessitera plusieurs années de recherche et d’évaluation, sera menée dans le strict respect de l’environnement et de la santé de la population. Elle sera également accompagnée d’un effort particulier d’explications et de vulgarisation en direction de l’opinion publique», lit-on dans le document portant politique générale du gouvernement. Le patron de Sonatrach n’a fait que reprendre à son compte une mesure entérinée à la fois par le gouvernement et les deux chambres du Parlement. Abdelmoumen Ould Kaddour est ainsi parti très conforté quant à l’objectif d’aller vers une exploitation concrète des hydrocarbures non conventionnels. La vice-secrétaire d’Etat adjoint américaine, Sandra Oudkirk, qui est intervenue juste après le P-DG de Sonatrach, a indiqué que les Etats-Unis s’intéressaient au développement des énergies non conventionnelles en Algérie, relevant au passage leur impact positif sur la sécurité énergétique des pays. Sandra Oudkirk a cité le cas de son pays, les Etats-Unis, devenu en l’espace de quinze années un exportateur net de gaz grâce à l’exploitation de ces ressources non conventionnelles. Le développement de ces projets a «permis de changer le paysage énergétique des Etats-Unis», a-t-elle dit. La diplomate américaine a précisé que le département d’Etat était prêt à accompagner les pays qui veulent se lancer dans cette industrie maîtrisée par les compagnies pétrolières américaines, qui détiennent des techniques novatrices en matière de forage et de production. Par le passé, sous l’ère Sellal, cette option avait, faut-il le rappeler, déclenché des levées de boucliers notamment dans les régions du Sud. Les populations d’In Salah et de Ouargla étaient sorties dans la rue pour protester contre les premiers forages qualifiés, à l’époque, d’expérimentaux.
Le gouvernement commençait alors à prendre de la distance avec cette option. La carte des énergies renouvelables avait alors repris ses droits, ce qui s’était matérialisé par la décision de mettre le paquet sur le solaire afin de porter à 27% la part des énergies renouvelables dans le mixe énergétique national à l’horizon 2030. Il était ainsi question de lancer des appels d’offres pour l’installation d’un parc photovoltaïque d’une capacité de production de 4000 MW. Le projet a été ensuite réduit à sa plus simple expression, une remise en cause qui profite désormais au schiste. Selon des évaluations réalisées par Sonatrach avec des compagnies pétrolières internationales sur cinq bassins sahariens, l’Algérie dispose de 4 940 trillions de pieds cubes (TCF) de réserves de gaz de schiste, dont 740 TCF sont récupérables sur la base d’un taux de récupération (TR) de 15%. Ces réserves récupérables ont été calculées pour les zones d’Ahnet, Timimoun, Mouydir, Illizi et Berkine. Avec un TR de 15%, l’Algérie occupe la 4e position mondiale en termes de ressources techniquement récupérables, juste après les États-Unis (dont le TR varie entre 20 et 50% selon les gisements), la Chine et l’Argentine, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie sur le gaz de schiste réalisé en 2013.