Malgré «l’illégalité» de leur mouvement de débrayage, établie par le tribunal d’Alger  le 24 janvier, les médecins résidents ont maintenu leur grève illimitée et ont organisé un sit-in national hier au CHU Mustapha Pacha, auquel se sont joints les maîtres-assistants,
en guise de solidarité avec leurs confrères.

Des centaines de médecins résidents, internes et externes, près d’un millier, sont venus exprimer leur détermination à obtenir gain de cause, à entendre les slogans brandis durant la démonstration d’hier : «On n’a pas peur», «On n’a pas les moyens», «On ne va pas se taire jusqu’au changement», «Santé en détresser», «Bac + 7 + 5 + service civil. Et puis quoi encore ?», «On en a marre»… Ils ont marché à l’intérieur de l’hôpital sous haute surveillance des forces de l’ordre, restées à bonne distance et sans intervenir. On s’en doute, le cordon sécuritaire est fait de telle sorte à éviter ce qui s’était produit lors du sit-in du 3 janvier, quand la police a chargé les manifestants, faisant une vingtaine de blessés. Les résidents ont simplement défilé dans l’enceinte même de l’hôpital, dont l’entrée est restée accessible pour les visiteurs et les patients. En parallèle et au même moment, des représentants des médecins résidents ont tenu une réunion avec le comité intersectoriel au ministère de la Santé. Mais ce qui n’a pas dissuadé les grévistes de continuer leur «combat jusqu’à la satisfaction de leurs revendications, notamment l’abrogation de l’obligation du service civil, le service militaire et la révision de leur statut particulier». Pour ce qui est de la rencontre d’hier, «elle était plus courte que les précédentes», selon ce qu’a déclaré le représentant du Camra, le Dr Hamlaoui, indiquant que les résidents ne sont pas satisfaits de ce dialogue et que, pour eux, «c’est une perte de temps face à l’absence de volonté de la part des responsables pour trouver des solutions concrètes». Le Dr Mohamed Taileb, lui aussi du Camra, a affirmé que sa délégation s’est «retirée au bout d’une heure» de la réunion. D’ailleurs, les résidents ont décidé de rompre le dialogue avec la tutelle, à cause de l’absence du ministre Hasbellaoui, parti à Cuba dans «un moment de crise, sans aucune contre-proposition». Notre interlocuteur dénonce le fait de se retrouver à la table des négociations avec un comité de réflexion vraisemblablement sans aucun pouvoir décisionnel, sans parler de la publication de comptes-rendus «qui ne relatent pas tout ce qui s’est passé et s’est dit durant les réunions». Les médecins se disent indignés également de ne pas pouvoir discuter des revendications en bloc pendant trois jours consécutifs comme convenu lors de l’installation du comité.
D’autre part, il y a lieu de signaler que le mouvement Camra a fait des émules ! Et pour cause, les médecins spécialistes ont décidé de créer leur collectif pour soutenir les résidents et soumettre leur propre plate-forme de revendications socioprofessionnelles. Ces spécialistes sont les plus concernés par le service civil parce qu’ils sont en train de l’effectuer actuellement dans différentes régions du pays. En face, un autre collectif est né : le Collectif autonome des internes en médecine Algérie (Caima), qui a déjà signé un premier communiqué dans lequel il a appelé à une grève de deux jours pour le
6 et le 7 février prochain. Le Caima réclame la satisfaction de ses revendications qui portent sur la confection de la charte de l’interne mentionnant ses droits, ses devoirs, les tâches, les gestes pratiques et les objectifs de son stage. Il exige également un encadrement pédagogique et une meilleure formation avec un présalaire pour le travail effectué en service ainsi que pour les gardes et une prime de contagion. Deux jours plus tôt, c’est le Syndicat des paramédicaux (SAP) qui a appelé à une grève dans tous les hôpitaux du pays pour protester contre la «dégradation des conditions de travail» dans les hôpitaux publics, liée notamment au manque d’effectif, de moyens matériels et d’équipements.