L’année 2018 commence sous le signe de la tension sociale pour le gouvernement qui doit faire face à une multitude de protestations d’ordre socio-professionnel.

Que ce soit dans l’enseignement supérieur, la santé ou encore à Air Algérie, les revendications sont les mêmes : revalorisation des statuts et des salaires, gestion des plans de carrières et avantages socio-professionnels. Face à ces demandes, le gouvernement plaide la conjoncture financière difficile, mais ne semble pas convaincre des partenaires sociaux qu’il a le plus souvent négligés parce que presque jamais acceptés dans les grands rendez-vous de dialogue et de concertation auxquels il convie le patronat et l’UGTA. Le représentant du ministère de la Santé l’a clairement dit : «Nous n’avons pas les moyens de satisfaire les demandes des protestataires.» Les médecins résidents, qui ne lâchent pas prise et dont la contestation risque de paralyser davantage les structures hospitalières, devraient être rejoints par les paramédicaux qui comptent, eux aussi, monter au créneau, signalant un basculement du front social des masses laborieuses vers un salariat classé d’ordinaire dans la classe moyenne du pays.
Idem pour Air Algérie, où les syndicats se sont solidarisés pour refuser toute remise en cause de la grille des salaires et des engagements précédents de la direction générale, même si l’actuel patron ne rate aucune occasion pour rappeler que la compagnie est au bord de la faillite. Le ministre du secteur a même tenté une médiation pour éviter à la compagnie une impasse fort préjudiciable. Mais que pourrait-il proposer à des syndicats corporatistes et autonomes qui maintiennent leurs revendications face à une centrale syndicale actuellement orientée vers l’action politique que syndicale, cherchant par tous les moyens d’exprimer son soutien à l’exécutif pour préserver les bases qu’elle contrôle actuellement dans les secteurs publics moins touchés par la crise tels celui de l’énergie? Par le passé, l’UGTA jouait au pompier social, en étant par ailleurs partie prenante dans la confection des fameuses grilles de salaires et autres conventions sectorielles qui ont permis des augmentations substantielles de salaires. Aujourd’hui, elle reste un acteur social important – dans les secteurs où ses délégués sont encore écoutés et suivis tels que l’énergie, on l’a dit, mais aussi dans l’industrie mécanique. Son rôle devient cependant de plus en plus déroutant et la met dans la situation actuelle : un observateur d’un front social dont de larges pans lui échappent, jusque dans le secteur de la santé où elle disposait il y a moins d’une vingtaine d’années d’une représentativité importante.
Son action avec le gouvernement et le patronat, notamment à travers la signature de la charte pour le partenariat public-privé, la fait progressivement éloigner de ses missions «revendicatrices» d’autant que ce processus n’est pas accompagné d’un discours compréhensible par le salariat.
En face, Ahmed Ouyahia n’a jamais fait mystère de son opposition à la politique d’augmentation des salaires, en pleine embellie financière. En reprenant la tête de l’Exécutif à la fin de l’été dernier, il avait tiré la sonnette d’alarme : l’Etat n’était plus en mesure d’assurer les salaires de la fin de l’année, d’où le recours à la planche à billets. Le gouvernement peut-il alors compter sur l’UGTA pour faire admettre aux travailleurs qu’il faudrait mettre entre parenthèses leurs revendications socio-professionnelles, en attendant que le cours du pétrole dépasse durablement la barre des 70 dollars ? L’observation du terrain nous fait dire que non. Le gouvernement se résoudra-t-il en cette année pré-électorale à convoquer les états généraux des syndicats, tous les syndicats, en vue de tenter d’arracher un consensus sur la question socioéconomique et désamorcer, ainsi, la bombe sociale ? Fort possible.