Le P-DG de Sonatrach, Amine Mazouzi, a annoncé le 24 février dernier, à l’occasion de la célébration du 46e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, « la reconsidération des contrats gaziers à long terme » conclus avec les partenaires commerciaux de l’Algérie, principalement européens.

Une initiative rendue nécessaire par un contexte économique mondial en pleine mutation. La consommation énergétique en est le principal point avec l’arrivée du gaz de schiste et des énergies renouvelables sur les marchés mondiaux. Abdelmadjid Attar, consultant en énergie et ancien P-DG de Sonatrach, livre son analyse de la place de l’Algérie sur les marchés mondiaux.

Reporters : Dans quel contexte intervient la déclaration du P-DG de Sonatrach sur la reconsidération des contrats gaziers liant la compagnie publique avec ses clients, l’UE en tête ?
Abdelmadjid Attar : L’environnement économique mondial est caractérisé par beaucoup d’incertitudes sur les prix et sur la nature des échanges commerciaux, sachant que beaucoup de biens échangés sont indexés sur le prix du baril. Aussi, le taux de consommation en énergie fossile est appelé à diminuer, surtout concernant l’UE qui fait partie des principaux consommateurs mondiaux. L’UE va importer moins qu’avant. La réévaluation des contrats va alors porter surtout sur la durée de ceux-ci. Aujourd’hui, plus personne ne signe des contrats dans les hydrocarbures sur 20 ou 25 ans. Une nouvelle fois, la nature des échanges, elle aussi, est en mutation avec notamment le gaz naturel liquéfié (GNL, Ndlr) qui va prendre beaucoup d’importance d’ici à 2025.

L’Algérie doit être-elle adapter sa production par rapport à cette nouvelle donne ?
Le P-DG de Sonatrach a parlé de changement des modalités contractuelles au niveau de la durée. L’Algérie doit s’adapter à l’environnement mondial. Concernant les volumes et les prix, c’est une autre paire de manches. Pour les volumes, on doit adapter nos capacités de production et d’exportation à nos besoins domestiques qui ne seront plus les mêmes, sauf si nous arrivons à développer, dans les cinq à dix ans à venir, la production de gaz de schiste. Concernant les prix, si ceux-ci s’améliorent, on pourra exporter plus de volumes, mais le prix se négocie. Actuellement, le prix du gaz est essentiellement basé sur le prix du baril de pétrole, mais il y aura certainement des changements. Il ne sera plus calculé de cette façon.

Peut-on parler d’une mutation de la consommation énergétique mondiale ?
Oui, et cela correspond avec l’expiration des anciens contrats dont la plupart arrivent à terme entre 2017 et 2020. Depuis 2008, on ne vend plus de GNL par exemple aux Etats-Unis, alors qu’avant, les Américains en importaient beaucoup.
On assiste à une récession extraordinaire, le taux de croissance et la consommation énergétiques sont beaucoup plus faibles depuis 2008. Il y a une inversion de la consommation énergétique mondiale.
Les analyses de l’OCDE montrent que la consommation d’hydrocarbures va diminuer. Celle du gaz augmentera légèrement mais celle du pétrole va diminuer progressivement jusqu’en 2040. La Chine, l’Inde, mais aussi, dans une moindre mesure l’Afrique, connaissent une hausse de la consommation d’énergies fossiles. C’est une inversion qui modifie la nature des échanges mondiaux.

Vous estimez que la consommation de GNL va prendre de l’importance, pour quelles raisons ?
On assiste à des progrès énormes dans le secteur du GNL. Le pétrole par exemple représente environ 45% de la consommation mondiale dans les transports.
Or, il y a des progrès extraordinaires en matière de liquéfaction et de transport de GNL. Aux Etats-Unis, celui-ci est transporté par camions. Aussi, des bateaux vont fonctionner au GNL et moins souvent au fuel. Ce qui suggère une plus forte demande en gaz dans le secteur des transports. Il y a des capacités de liquéfaction dans le monde qui pourraient doubler la commercialisation du GNL d’ici à 2030. Certaines compagnies prévoient que cette dernière sera plus importante que celle du gaz naturel via gazoduc.

L’Algérie doit faire face à de plus en plus de concurrence en matière de GNL …
Effectivement, l’Australie par exemple compte doubler ses capacités de production de GNL, et l’Iran, qui n’est pas encore sur le marché, possède les plus importantes réserves du Moyen-Orient.
L’Algérie est en position de force concernant le marché européen qui a besoin, du point de vue stratégique, de diversifier ses fournisseurs pour ne pas être dépendant des deux gros producteurs mondiaux que sont le Qatar et la Russie.
Aussi, l’Algérie possède des atouts avec les deux ports d’Arzew et Skikda qui exportent du GNL en plus des gazoducs reliant l’Italie et l’Espagne.
L’Algérie a toujours assuré l’approvisionnement de ses clients européens. J’estime que nous avons des avantages vis-à-vis du marché européen qu’aucun pays n’a.
Concernant le marché asiatique, nous devons faire des efforts sur les prix mais cela passe nécessairement par la réduction des coûts de production. Ce sont deux marchés différents pour lesquels il faut adopter une stratégie différente.