Malgré les difficultés financières importantes que sa direction et sa rédaction en chef connaît, des contraintes aggravées par l’absence de toute aide des ministères de l’Enseignement supérieur et de la Culture, la revue Naqd en est à sa vingt-cinquième année.

Outre sa pérennité, c’est la qualité de son contenu qui est également à souligner. En 25 ans, Naqd a abordé différents thèmes et sujets brûlants relatifs au politique et à la société. Un quart de siècle d’histoire de l’Algérie, «du Maghreb, du Moyen-Orient, du Sud global». Pour célébrer cet anniversaire, la revue organise aujourd’hui à partir de 9h30 à l’hôtel Sofitel à Alger, une table ronde sous le thème «Que signifie ‘pensée critique’ dans un monde en plein bouleversement ?».
La revue Naqd d’études et de critique sociale fête ses 25 ans. Espace de débat, de réflexion, de rencontres et de confrontations d’idées, cette revue, tirée à 2000 exemplaires, qui paraît en Algérie est diffusée par abonnement et par vente en librairie. Fondée en 1991*, en plein décennie noire, par Saïd Chikhi, une figure importante de la sociologie en Algérie qui en a assuré la direction jusqu’en 1993, la revue –qui est depuis dirigée par l’historien Daho Djerbal, également membre fondateur– s’appuie sur des contributions, «des études portant sur les problèmes de société vécus dans la région du Maghreb et du Moyen-Orient mais aussi dans le Sud global», signale-t-on dans la présentation disponible sur le site internet de Naqd. Toujours au niveau de la présentation, il est précisé que «La Revue Naqd est l’une des seules publications au Maghreb qui ouvre à un débat d’idées et contribue à élargir le champ de la pensée critique dans son propre pays et dans ceux de la région», notamment grâce aux «nombreux auteurs de tous les continents» qui y participent, et qui, de ce fait, apportent un plus à la réflexion sur le monde auquel nous appartenons et qui nous entoure. Dans Naqd, un grand intérêt est accordé à la traduction, car au-delà du fait qu’elle se distingue par ses articles en français et en arabe, «des articles rédigés en anglais, allemand, espagnol sont régulièrement traduits en arabe ou en français pour permettre au public le plus large possible d’y avoir accès». Contacté par nos soins, Yassine Temlali, journaliste, traducteur et chercheur en histoire et en linguistique, a estimé que «Naqd a apporté au champ éditorial algérien une réflexion critique rigoureuse sur la société, la politique, l’histoire, etc.». Pour lui, «elle a établi un lien entre des chercheur(e)s qui travaillaient chacun(e) de son côté, isolé(e) des autres. Elle a progressivement réussi à être une revue ouverte sur le monde, en œuvrant à éclairer la réflexion sur les questions algériennes par des réflexions sur des questions similaires menées sous d’autres cieux». Yassine Temlali évoque également la «constance» de Naqd, en soulignant qu’«avec peu de moyens, et dans un environnement académique algérien indifférent voire hostile, elle a tenu sur une même ligne : la déconstruction des logiques politiques, sociales, de pouvoir». Selon lui, «son souci constant d’être également accessible au public arabophone mérite d’être souligné». Pour sa part, l’universitaire Afifa Bererhi, considère que «Naqd est bien la seule revue qui se distingue par sa pérennité, la qualité scientifique et intellectuelle des articles mis à disposition des universitaires et chercheurs, la variété des thèmes proposés dans les champs socio-historiques et plus largement culturels». Pour elle, Naqd est «une revue dédiée à l’élargissement de la connaissance, un outil de travail indispensable». Mme Bererhi regrette toutefois le fait que «son audience auprès des étudiants reste limitée, une opération de communication régulière et sur le long terme auprès des différentes facultés serait souhaitable». Par ailleurs, de par les différents thèmes abordés et les contenus proposés, Naqd a (re)pensé le monde et accompagné les différents changements qui se sont opérés dans le monde, avec rigueur. D’ailleurs, le dernier numéro (33-34) «L’Esthétique de la crise. Par-delà la terreur» est sorti à l’occasion de ce 25e anniversaire d’existence et en pleine réflexion sur les chamboulements en Algérie et dans le monde. A l’occasion de cet anniversaire, une table ronde sera organisée aujourd’hui à partir de 9h30 à l’hôtel Sofitel El-Hamma Garden, avec pour intitulé «Que signifie ‘pensée critique’ dans un monde en plein bouleversement ?». Organisée en quatre séances («Penser la crise», «Du roman national. Déconstruire les modèles culturels qui travaillent la société», «De la critique du droit à la lutte pour les droits», «Patrimoine, identité, pouvoir : penser le politique»), cette table ronde verra notamment la participation de Mohamed Harbi, Hocine Zahouane, Fatma Oussedik ou encore Etienne Balibar. 

* Membres fondateurs : Anissa Allouache, Zoubir Arous, Abdelmadjid Benchikh, El Hadi Chalabi, Saïd Chikhi, Abdenacer Djabi, Daho Djerbal, Abdelhafid Hamdi-Chérif, Mohammed Harbi, Lemnouer Merouche, Boussad Ouadi, Khaled Satour, Hocine Zahouane, Tahar Zeggag.