Lors d’une interview accordée à Canal Algérie, pour l’émission d’Imen Khemici, le rendez-vous de l’économie, à l’occasion des festivités de commémoration de la nationalisation des hydrocarbures, Ahmed Fettouhi, vice-président du groupe Sonatrach, responsable de l’activité aval (liquéfaction, raffinage et pétrochimie), a levé un bout du voile sur les perspectives de Sonatrach concernant la valorisation des hydrocarbures.

Sur ce front, le groupe public des hydrocarbures compte bien se faire une place dans le club restreint des grandes majores pétrolières investies dans la pétrochimie.
«C’est une décision irréversible que ces projets se fassent avec ou sans le partenaire», souligne Ahmed Fettouhi, allusion faite aux quatre projets de raffineries pour lesquels un appel d’offres international a été récemment lancé par Sonatrach. Le responsable de Sonatrach croit sans faille à la pertinence des choix stratégiques du groupe public qui sont, selon lui, ceux «du gouvernement et du président de la République». Cette orientation consiste à «transformer le maximum de pétrole brut». Sonatrach affiche une parfaite détermination d’aller au bout de ses objectifs, quitte à les financer sur fonds propres, si l’on tient compte des propos d’Ahmed Fettouhi. «Ces derniers mois, il y a beaucoup de groupes qui sont demandeurs d’être partenaires avec nous, mais au niveau interne, Sonatrach a décidé que si le partenaire ne prend pas de risques avec nous, nous allons passer de l’option partenariat à l’option financement propres. C’est-à-dire que ces complexes vont être construits quelles que soient les difficultés», laissa entendre le vice-président de Sonatrach. Autrement dit, s’il n’y a pas de partenariat gagnant-gagnant en vue, où il sera question de partager à la fois les profits et les risques, le financement par fonds propres sera le montage inévitable afin de faire aboutir les objectifs de Sonatrach dans le domaine de la pétrochimie.
Le groupe a inscrit à son agenda plusieurs projets de développement de la pétrochimie, dont le coût est de l’ordre de 6 milliards de dollars. Quatre raffineries font l’objet d’une consultation internationale pour laquelle 49 firmes pétrolières ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt, à en croire des sources de Sonatrach.
«A la fin de l’année en cours, on passera à la phase réalisation», précise Ahmed Fettouhi, qui semble ne pas vouloir rester ambigu sur l’agenda arrêté par Sonatrach quant aux délais du processus de consultations et ceux de réalisation. «C’est une technologie qui demande un savoir-faire dans les procédés et dans la commercialisation à l’international car c’est un secteur très fermé, aux mains des majors», explique davantage, comme pour dire les projections à long terme de Sonatrach, celle de se frayer un chemin parmi les colosses mondiaux de la pétrochimie.
Une manière d’afficher la couleur dès le commencement, faisant comprendre l’ambition de faire de Sonatrach un acteur «agressif» sur l’échiquier pétrochimique mondial. Quelques détails : «Nous avons huit projets inscrits ; nous allons signer prochainement un protocole d’accord avec la société saoudienne Sabic. Nous avons signé d’autres contrats avec Total et d’autres partenaires. Nous allons lancer un plan de formation pour entretenir ces complexes. Nous travaillons sur des sites à flot continu, ce qui veut dire que l’aspect sécurité est la première des priorités». A comprendre par là que la pétrochimie est inscrite désormais au crayon-feutre sur le plan de développement de Sonatrach sur les prochaines années. Le ministre de l’Energie, Nouredine Boutarfa, a expliqué récemment l’ambition de l’Algérie de transformer localement toute sa production de pétrole brut à l’horizon 2025. En chiffres, Sonatrach, qui produit actuellement environ 30 millions de tonnes de produits raffinés par an, compte faire un bond supplémentaire de 20 millions de tonnes par an. Ce qui correspond, en termes plus simples, à une couverture totale des besoins en interne, tout en dégageant des volumes à l’exportation.