Quatre jours après l’agression commise à l’encontre de professeurs dans l’enceinte même de l’université de Sciences po d’Alger, le corps enseignant se réunira, aujourd’hui en assemblée, pour décider des suites à donner à cet incident, jugé «très grave».

A titre de rappel, jeudi dernier, des professeurs étaient réunis en assemblée générale en vue de l’installation d’un bureau du Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes) lorsqu’une dizaine de personnes «étrangères à l’université» ont fait irruption dans la salle de réunion et pris à partie les présents. L’altercation qui s’en est suivie a fait au moins trois blessés, parmi lesquels le coordinateur du Cnes à l’université d’Alger 3, Mohammed Rezzig, touché à la tête. Selon l’un des enseignants présents sur les lieux au moment des faits, «la réunion prévue aujourd’hui est ouverte à l’ensemble des professeurs de la faculté de sciences politiques ainsi qu’aux membres de la direction. Nous allons y discuter de l’agression survenue jeudi dernier (…)». «Nous y débattrons des suites à donner et des actions qu’il convient d’entreprendre. Le recours à la justice est envisagé, sachant qu’il y a eu trois blessés à l’intérieur de la faculté et les enseignants ont bien l’intention de porter plainte», poursuit-il. Le recours à la grève n’est pas exclu non plus. «La grève est également une option, pour le moment je ne peux pas en dire davantage ; tout se décidera aujourd’hui.» Quant à l’identité des agresseurs, «pour le moment nous savons que ce sont des étudiants inscrits dans des facultés voisines et appartenant à des organisations estudiantines (…) Leurs intentions doivent être éclaircies. En principe, l’élection du bureau du Conseil national des enseignants du supérieur ne les concerne absolument pas», confie-t-il encore. «Nous espérons que la direction soit également présente [à l’assemblée], ce sont des enseignants comme nous (…) Ce qui s’est passé ne concerne pas seulement un syndicat, le Cnes en l’occurrence, mais bien une question d’intégrité physique des enseignants sur leur lieu de travail (…) La question de l’agression survenue jeudi dépasse de loin l’exercice d’une liberté syndicale», regrette notre source. Par ailleurs, le bureau national du Conseil national des enseignants du supérieur a affiché hier, à travers un communiqué, son soutien aux professeurs agressés et a décidé de tenir un sit-in de protestation mardi devant le ministère de l’Enseignement supérieur «face à cet incident dangereux dans l’histoire de l’université algérienne» et au «silence» de la tutelle. Le syndicat pointe également la responsabilité de l’administration de la faculté, «responsable de la sécurité de l’enceinte de l’université». Considérant que l’agression de jeudi est une action préméditée visant à «porter atteinte au syndicat». Ce dernier n’a eu de cesse de dénoncer les intimidations dont il fait l’objet chaque fois qu’il pointe du doigt des dysfonctionnements dans les campus. L’université d’Alger 3 ne déroge pas à cette situation, d’autant plus que les canaux du dialogue semblent rompus avec le rectorat. Le coordinateur du Cnes à l’université Alger 3, Mohamed Rezig, avait déjà confié avoir subi des intimidations de la part d’agents de l’université, et ce, pour avoir publié un communiqué dans lequel le corps enseignant rendait compte d’irrégularités de diverses natures au sein de l’établissement et de mauvais rapports avec le rectorat. Fraudes dans les modalités d’accès aux grades de mastère et de doctorat, triche dans les résultats, conseils et commissions scientifiques isolés des processus de décisions… ont été autant de dysfonctionnements portés à la connaissance de l’opinion.

L’organisation estudiantine MNEA accuse
Les étudiants ne semblent pas s’intéresser à l’acte de violence dont ont été victimes leurs enseignants affiliés au Conseil national de l’enseignement supérieur (Cnes) réunis jeudi dernier en assemblée générale pour l’installation du bureau du conseil national du Cnes au sein de l’université d’Alger 3. Pour eux, les agresseurs ne sont pas étrangers à l’enceinte universitaire, mais des enseignants, accusent-ils, qui soutiennent le coordinateur national Abdelhafid Melat, du Cnes, agréé par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, d’un côté, et de l’autre, des pro Abdelmalik Rahmani. Pour Lyes Belagoune, président de l’organisation estudiantine Mouvement nationale des étudiants algériens, (MNEA), la «violente bagarre générale s’est déclenchée entre des enseignants pro-Rahmani et d’autres pro-Melat».
Pour lui, il est insensé d’accuser «le recteur de l’université de faire appel à des étrangers et à des agents de sécurité pour empêcher que ne se déroule leur assemblée générale au sein même de l’université». Pour ces raisons, «aucun étudiant ne s’est ingéré pour séparer ces enseignants», poursuit notre interlocuteur. Mais quand la bagarre a pris une tournure violente, «des agents de sécurité sont intervenus et ont pu difficilement les séparer», poursuit Lyes Belagoune. «Nos enseignants ont atteint un niveau inquiétant», estime le président du MNEA d’autant que la réunion n’a pas été autorisée par le ministère du Travail. Belagoune va plus loin en estimant que le groupe qui a «médiatisé et amplifié» cet incident fait dans la «propagande», et ce, à l’approche des élections législatives. Sur un autre volet, il pense qu’il est irraisonnable de «stigmatiser le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de lui endosser la responsabilité de cet acte ou de lui demander de sanctionner les agresseurs, parce que les syndicats enseignants sont liés au ministère du Travail.