Construit en 1959 par les Français pendant la période coloniale, Hammam Lahdab est dans un grand état de dégradation. Situé en plein cœur des palmeraies sur les hauteurs de la commune de Rouissat et grâce à la qualité de ses eaux, il attirait autrefois des centaines de visiteurs et de touristes qui venaient de l’intérieur et de l’étranger pour profiter des cures thermales qu’offre ce hammam, mais aussi pour admirer un des plus beaux couchers du soleil qu’on peut voir dans le Sahara.

Selon des habitants de Lahdab, avec qui nous nous sommes entretenus, la dégradation du site et les dommages causés sont dus à la négligence de certains responsables et des particuliers. Ce site, selon eux, continue de faire l’objet de convoitise pour sa position stratégique privilégiée, c’est pourquoi toutes les tentatives de réhabilitation et de rénovation de ce dernier ont échoué.
Selon le député Daoui Mohamed, l’affaire du hammam Lahdab est beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît. Implanté sur une superficie de 5 000 m2, le hammam a été loué par un particulier dans les années 1990. Il a été récupéré en 2006 par l’APC de Rouissat et il est resté fermé depuis pour diverses raisons. Certaines personnes malintentionnées et des lobbys infiltrés dans l’administration locale mettent tout leur poids pour empêcher la réouverture de ce site, dit le député. Situé entre le complexe thermal de Biskra (hammam Salihine) et le complexe de Zalfana (Ghardaïa), la réouverture de ce lieu pourrait, aux dires de ce dernier, absorber et captiver les visiteurs qui se rendaient à Biskra et à Zelfana et influencer quelque peu sur le rendement de ces deux complexes, explique le député. C’est la raison pour laquelle certains tentent, sans relâche, d’anéantir le projet.

Un combat de récupération
L’Entreprise publique de gestion des hammams et thermes, une nouvelle institution créée en 2016 et dépendant de l’APC de Rouissat, a pour but de gérer les ressources thermales existantes pour les maintenir en exploitation, selon la directrice, Mme Benkrima Rokaya, et membre de l’APC. En effet, en l’absence d’une réelle politique de préservation de ce vestige, ce lieu voué à l’abandon est transformé en un abri pour les jeunes délinquants, alcooliques et les drogués. « Il nous a été très difficile de le vider et le récupérer face aux menaces et à l’agressivité des voyous qui s’y refugiaient », dira notre interlocutrice. Avec un budget de 2 milliards de centimes, injecté dernièrement et visant essentiellement à la réhabilitation et la récupération du hammam Lahdab, cette responsable compte rouvrir la station dans les prochains mois. Confrontée également à des litiges de foncier après la découverte qu’une grande partie de la superficie du site, qui abrite la station de refroidissement, a été attribué illégalement dans le cadre de la concession à un particulier. Ce terrain devait contenir le futur complexe thermal, prévu depuis quelques années, mais dont la réalisation a été retardée pour des raisons confuses. Le pillage systématique du terrain du hamman a réduit considérablement la superficie réelle du site, estimé officiellement à 5 000 m2 surtout après l’implantation d’un centre thermal appartenant au secteur militaire à proximité du hammam qui a rogné à son tour une grande parcelle du site.

Eau de qualité
L’eau de source, d’origine souterraine, est fortement minéralisée (riche en sels minéraux) avec un débit fluide thermique estimé à 360 l/s. D’une température atteignant les 60°, cette source est plus importante que celle de Zelfana, selon les avis de spécialistes, a affirmé la directrice. Autrefois, elle était la destination favorite des visiteurs qui venaient de France et du Golfe pour profiter de cette source thermale connue pour ses propriétés thérapeutiques. Elle propose, selon elle, des cures en rhumatologie et voies respiratoires. Si hammam Lahdab entre en exploitation, il pourrait générer des dizaines de postes pour les jeunes de la commune et pourrait contribuer également à l’alimentation de la caisse communale. Ce hammam et le paysage qui l’entoure représentent un potentiel touristique énorme pour la région. L’exploitation de ces capacités naturelles et ses paysages pourraient booster le mouvement touristique et économique dans le Sud et engendrer des revenus en dehors du secteur du carburant. A rappeler que la wilaya de Ouargla dispose de deux autres sources thermales, en plus de Lahdab. Hassi Ben Abdallah et Touggourt, situés dans les localités d’Aïn Sahra et Nezla. Les deux sources ne sont pas encore exploitées.