Après l’errance et l’état végétatif, le Cameroun a fini par retoucher la grâce et l’extase. Un nouveau sacre continental, le cinquième de l’histoire (après 1984, 1988, 2000 et 2002) décroché au terme d’une Coupe d’Afrique des nations 2017 que les Camerounais n’oublieront certainement pas.

Dans la sauvage faune footballistique, les «Lions» n’ont pas trouvé qui les dresser méritant, et de loin, le qualificatif d’«Indomptables». Au fil des rencontres, les Camerounais ont montré qu’ils étaient aussi «rédomptables». La résurrection a bien été actée après le retentissant succès (2/1) en finale contre l’Egypte dimanche à Libreville.

À un poteau et une parade près, un destin peut basculer. Passés tout proche du précipice de l’élimination dès le premier tour, les Camerounais ont pu se hisser jusqu’en finale pour se poser sur le trône de la balle ronde africaine. Remontons le temps. Retour au 22 janvier dernier, sur les mêmes lieux, au stade de Libreville. Dans le temps additionnel (90’+4) de Cameroun – Gabon, les nouveaux maître du continent ont pu voir l’aventure prendre fin. Le Gabonais Denis Bouanga slalome dans la défense et frappe. Sa tentative heurte le montant. Dans la continuité de l’action, Ndong reprend le ballon repoussé mais le keeper Camerounais Fabrice Ondoa détourne miraculeusement pour priver le pays hôte de la qualif’ et maintenir les siens dans la course au titre. Dame coupe avait un faible pour les «Lions Indomptables». Tendance confirmée en quarts de finale contre le Sénégal. Les deux équipes sont départagées par la fatidique série des tirs au but. Encore une fois, Ondoa ajoute sa griffe en détournant la tentative de Sadio Mané qui était le 5e tireur des 641066086«Lions de la Téranga». À partir de ce moment, les héritiers de Roger Milla ont vu le bonheur se rapprocher encore plus. Face au Ghana en demi-finale, les coéquipiers de Benjamin Moukandjo réalisent le match parfait et renversent les «Black Stars», un autre favori en force pour la consécration. Après avoir effacé deux gros prétendants, il restait un troisième et pas des moindre : l’hégémonique Egypte. La route vers les étoiles n’était pas toute tracée et la course finale malentamée. Encore une fois, la troupe à Hugo Broos a eu besoin d’un concours de circonstances et d’un coaching gagnant. Menés au score, après 22 minutes de jeu, la faute à la malice de Mohamed El Nenny, qui a profité d’une erreur de placement du gardien Ondoa, Christian Bassogog & cie ont su rester dans le match. Et ce, malgré la sortie sur blessure d’Adolphe Teikeu au bout de 30 minutes de jeu. Il n’en fallait plus pour entamer la confiance d’un groupe des plus solidaires. Au retour des vestiaires, le coach décide de lancer Vincent Aboubakar. Avant que ce dernier ne momifie, d’un superbe enchaînement ponctué par une frappe croisée, les «Pharaons» à la 88e minute, son compère Nicolas N’koulou, qui avait remplacé le malheureux Teikeu, avait nivelé la marque peut avant l’heure de jeu (58’). Tant de rebondissements et de faits inédits qui ont permis l’accession au panthéon et d’enrichir le palmarès. Il n’en fallait pas plus pour rompre la malédiction des deux finales perdues contre la sélection égyptienne. En effet, par deux fois (1986 et 2008), l’équipe sept fois couronnée dans la CAN avait privé les successeurs de la Côte d’Ivoire d’être lauréats du trophée. Sur les terres gabonaise, l’adage «jamais deux sans trois» n’a pas pris son sens.

 

Hugo Broos, de malaimé à adulé
Parfois, ce qui paraît un mal peut finir par faire notre bonheur quand, par moments, ce qu’on pensait être un bien s’avère la source de nos malheurs. Pour les désormais quintuples champions d’Afrique, qui dépassent le Ghana (4 victoires) pour ce qui est du nombre d’étoiles, tout avait très mal commencé. Tout d’abord, il y a eu la venue du sélectionneur Hugo Broos qui n’a pas fait l’unanimité. S’en est suivi des choix contestés après la mise à l’écart de certains éléments cadres sur qui le technicien belge ne voulait pas compter. Pour finir, il y a eu 7 éléments clés qui ont choisi de se désister du rendez-vous biennal en avançant certains arguments aberrants. Pour faire court, beaucoup de Camerounais, y compris les joueurs en question, ne croyaient pas trop en les chances de cette sélection d’aller loin. Il ne fallait, décidément, même pas leur parler de triompher. Après avoir bien fini le boulot, Hugo Broos, a eu une pensée, vide d’aigreur, à ses détracteurs. La victoire reste la meilleure tribune pour donner de l’écho et de l’ampleur aux paroles. «C’est vrai que lorsque je suis arrivé au Cameroun, j’ai dû changer des joueurs âgés, qui n’étaient plus motivés par la sélection»,a reconnu l’homme qui avait drivé un temps et dans un passé très récent la JS Kabylie et le NA Hussein-Dey. «J’ai pris des joueurs plus jeunes. On a fait du bon travail. L’équipe n’est pas encore à son meilleur niveau. Je suis content pour les joueurs. Ce n’est pas un groupe de footballeurs, c’est un groupe d’amis. Prendre une revanche sur des journalistes, c’est le plus stupide qu’un coach puisse faire. Je ne demande qu’une chose, j’espère que la presse camerounaise m’a compris : patience et correction. Je pense que notre relation est bien meilleure qu’il y a un an», a-t-il noté en toute sobriété. L’accomplissement qu’il a réalisé avec sa troupe reste gigantesque. Non pas parce que les Camerounais ne sont pas des coutumiers du prestige mais parce que ce team a surpris plus d’un et a su surmonter tous les obstacles. Y compris celui de géant venu des «pays des Pyramides» qui restait sur 24 matchs sans défaite dans la compétition. En tout cas, l’hommage est venu de l’un de ses poulains. Le défenseur Michael Ngadeu, auteur de l’ouverture du score contre les Ghanéens en demies, a qualifié son entraîneur de «magicien», reconnaissant qu’«il a fait renaître ce groupe». «Beaucoup ne croyaient pas en lui, je l’avoue. Beaucoup de Camerounais l’ont critiqué. Quand je voyais ce qu’on disait sur lui sur les réseaux sociaux, j’avais froid dans le dos. Mais aujourd’hui, nous n’avons rien fait, c’est lui le héros du Cameroun. Les Camerounais devraient lui accorder une médaille pour ce qu’il a fait», a demandé le longiligne taulier. La réputation du Cameroun a été bien poncée. Quelle prouesse !