La capitale éthiopienne Addis-Abeba abrite dès aujourd’hui le 28e Sommet de l’Union africaine avec les chefs d’Etat et de gouvernement des 54 pays du continent ; qui vont se pencher sur des questions cruciales qui agitent la communauté africaine.

Pour les observateurs au Maghreb comme dans le reste du monde, le dossier dominant de ce nouveau rendez-vous panafricain au sommet est celui du retour du Maroc au sein de l’Union après plus de 30 ans de désertion motivée par le dossier du Sahara occidental.

Le sommet, qui avait débuté dès le 22 janvier par la tenue d’une session du comité des représentants permanents, suivie de celle du conseil exécutif, rassemblant les ministres des Affaires étrangères des pays membres, s’ouvre sur un ordre du jour chargé : le conflit au Soudan du Sud, l’élection du président de la Commission de l’UA, une posture commune à l’égard de la Cour pénale internationale et, enfin, la «réponse» à donner à la demande marocaine de réintégrer l’organisation; formellement formulée par le Maroc en septembre 2016. Or, c’est l’éventuel retour du Maroc au sein de l’UA qui devrait dominer les débats. Le Maroc avait quitté l’UA en 1984 pour protester contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique proclamée par le Front Polisario au Sahara occidental, un territoire que Rabat considère comme sien. Mais le Maroc a annoncé en juillet sa volonté de réintégrer l’organisation et le roi Mohammed VI, qui a annoncé sa présence à Addis-Abeba, a enchaîné depuis les offensives diplomatiques. Jusqu’à samedi dernier, les médias marocains donnaient comme «acceptée» par la présidente actuelle de la commission de l’UA, la Sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, lui attribuant même les propos selon lesquels «la demande marocaine de réintégration de l’UA a «reçu le minimum requis» – plus de 40 Etats auraient répondu positivement à la demande du Maroc, alors que l’acte constitutif de l’UA parle d’une majorité simple de 28 Etats – mais ne sera notifié de la «réponse officielle» qu’à l’issue du sommet. En attendant, le Maroc ne peut siéger au sein de la conférence du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA. Mais le Maroc aurait abandonné le préalable et la condition d’exclure la RASD de l’organisation panafricaine contre retour au sein de l’UA. On s’en souvient, au lendemain de l’annonce par le Maroc de sa volonté de revenir au sein de l’organisation, l’Algérie n’y voyait pas d’objections, mais a fermement refusé que ce retour soit conditionné par l’exclusion de la RASD. Pour autant, l’affaire n’est pas réglée. L’Algérie et l’Afrique du Sud, deux membres influents de l’UA, soutiennent de longue date la lutte du Front Polisario, qui réclame l’indépendance du Sahara occidental, minée par un statu quo qui prévaut depuis des années, et défendent le droit au peuple sahraoui de disposer de son destin lui-même, à travers un référendum. Mais au-delà de la question sahraouie, c’est l’hostilité de certains pays africains vis-à-vis de la CPI qui pourrait également susciter de nouveaux débats animés. Sur cette question, le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie ont déjà décidé, en 2016, de quitter la Cour, l’accusant de ne viser que des pays africains. Le Kenya, très en pointe dans ce combat, a menacé de leur emboîter le pas. Mais tout est une question d’intérêts régionaux divers, sur fond d’une multitude de crises que traverse le continent, principalement sécuritaires. Cette dernière question est également à l’agenda du sommet, comme le chaos en Libye, les groupes djihadistes au Mali, en Somalie et au Nigeria, ou encore les tensions politiques en République démocratique du Congo. Le Soudan du Sud, où la guerre civile a fait des dizaines de milliers de morts et plus de 3 millions de déplacés depuis décembre 2013, devrait de nouveau être au cœur des préoccupations. Des inquiétudes qui interviennent alors que les pays africains sont appelés à se prendre en main, à la lumière d’une nouvelle donne : le président américain Donald Trump veut défendre «l’Amérique d’abord», ce qui suscite en effet des craintes sur sa relation future avec l’Afrique, dans la mesure où les Etats-Unis sont l’un des principaux contributeurs dans la lutte contre les groupes terroristes disséminés dans toute l’Afrique, en premier les Somaliens shebab. Or, la mission de l’Union africaine en Somalie a déjà souffert d’une diminution de financement de la part de l’Union européenne. D’autre part, l’élection d’un nouveau président de la Commission pour succéder à la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma sera compliquée. Le Tchad, le Kenya, la Guinée Equatoriale, le Sénégal et le Botswana ont chacun présenté un candidat pour succéder à la sud-africaine à la tête de ce stratégique organe de l’Union. Il s’agit de Moussa Faki Mahamat, ministre tchadien des Affaires étrangères, de Mme Amina Mohamed, ministre des Affaires étrangères kenyan, de M. Agapito Mba Mokuy, ministre des Affaires étrangères de la Guinée Equatoriale, du Sénégalais Abdoulaye Bathily, plusieurs fois ministre avant d’être nommé représentant spécial du secrétaire général de l’Onu pour l’Afrique centrale, et enfin de la ministre des Affaires étrangères du Botswana, Pelonomi Venson-Moitoi. Enfin, ce 28e Sommet verra aussi les huit commissariats qui composent, avec le vice-président et le président le bureau exécutif de la Commission, changer de tête, avec notamment la possibilité pour une Nigériane de diriger le commissariat de paix et sécurité détenu actuellement par l’Algérien Smaïl Chergui, candidat d’ailleurs à sa propre succession. Pour finir, à l’issue de ce sommet, l’actuel président de l’Union africaine, Idris Déby, devrait passer la main à son homologue guinéen, Alpha Condé.