L’accord de limitation de la production pétrolière conclu entre les pays de l’Opep en novembre 2016, mis en marche théoriquement depuis le 1er janvier 2017, sera mis à rude épreuve, tant par l’indiscipline de certains membres que par le comportement incontrôlé des pays exemptés de limiter leur production.


Des analystes redoutent que la Libye, le Nigeria et l’Iran lézardent les efforts de limitation de l’offre pétrolière de l’Opep. Les niveaux de production des trois pays exempts de la décision de réduire de 1,2 million de barils/jour la production de l’Organisation n’ont jamais été aussi importants, constatent les analystes. Laquelle situation pourrait remettre en cause l’effort collectif d’éponger les excédents du marché par le moyen d’une limitation de l’offre. Si les membres de l’Opep semblent plus que jamais attachés à leur engagement, la plus grande menace quant à la conclusion de l’objectif pourrait provenir des pays qui ont été exclus de l’accord, écrit Julian Lee, sur Bloomberg, analyste du marché pétrolier. Pour lui, le rétablissement de la production libyenne et nigériane «pourrait sérieusement réduire l’efficacité de la décision de l’Opep de réduire sa production». Dit autrement, l’effort de l’Opep de venir à bout de l’offre surabondante qui affecte les marchés pourrait s’affaiblir sous l’effet de la reprise de la production libyenne et nigériane.
Si ces deux pays venaient à mettre à exécution leurs ambitieux projets de nouvelles augmentations au cours des prochains mois, «ils pourraient sérieusement compromettre les efforts de leurs camarades de l’Opep», écrit Julian Lee. La hausse effrénée de la production pétrolière de la Libye et du Nigeria «pourrait mettre en péril la fondation de l’accord de novembre et contraindre l’Opep et ses alliés à envisager une nouvelle coupure avant même que la dernière ne soit pleinement mise en œuvre», avertit l’analyste de Bloomberg. Ainsi, s’il est vrai que la réussite de l’Opep tient à la discipline de ses producteurs, elle est tributaire également du comportement des autres membres exemptés de la décision de limitation de la production.
Mettant à profit cette situation d’exemption déclarée lors de la réunion d’Alger de septembre 2016, la Libye et le Nigeria n’ont jamais pompé aussi abondamment depuis le surgissement des troubles internes dans lesquels ils se sont empêtrés depuis maintenant plusieurs mois. La Libye produit actuellement 685.000 barils par jour selon ses propres données, ce qui représente une hausse de 85.000 barils par rapport à sa production moyenne en décembre. Quant au Nigeria, un des trois pays à avoir échappé à la décision de réduction de la production, il a récupéré de justesse, en novembre 2016, sa première place de producteur en Afrique, devant l’Angola, avec une production de 1,9 million de barils par jour (contre 1,7 million pour l’Angola), selon les chiffres officiels. Le groupe d’analyse financière BMI Research estime que le pays devrait produire en moyenne 2 millions de barils par jour en 2017. Le projet de l’Opep d’éponger les excédents du marché et de faire remonter les prix pourrait ainsi bloquer sur la reprise de la production libyenne et nigériane. Mais pas seulement. L’Iran représente un troisième foyer d’anxiété, étant donné que les indicateurs les plus sérieux plaident pour une hausse de l’offre pétrolière du pays du Shah en 2017. Aux dernières nouvelles, l’Iran vient de qualifier 29 compagnies européennes et asiatiques pour participer à une série d’appels d’offres que compte lancer prochainement son ministère iranien du Pétrole pour le développement des champs pétroliers et gaziers du pays. Pour ainsi dire, les trois membres de l’Opep exemptés de la décision de réduire de 1,2 million de barils/jour risquent de faire capoter les espoirs de rééquilibrage du marché en 2017. L’évolution de la production américaine en est un second foyer d’appréhension, alors que la promesse de la Russie de limiter sa production, alors qu’elle a atteint des records historiques en 2016, laisse les analystes pour le moins dubitatifs.